Entrevue avec Jean-Claude Coulbois pour le film Mort subite d’un homme-théâtre sur Robert Gravel

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Affiche du film Mort subite d'un homme-théâtre

Le 23 mars dernier, Jean-Claude Coulbois, l’auteur et réalisateur du documentaire Mort subite d’un homme-théâtre qui évoque le parcours théâtral de Robert Gravel, cet homme dont le refus des conventions, le goût de l’audace et du dépassement, le culte de l’exploration ont toujours inspiré le travail théâtral, était présent lors de la première de son film au cinéma Le Clap de Québec. Suite au visionnement du film, il a bien gentiment accepté de répondre aux questions du public présent. 

Dans la section CINEMA de ce site, vous trouverez mon appréciation du film. 

Tout d’abord, on a voulu savoir comment était venue l’idée d’un film sur Robert Gravel. Voici un résumé de ce qu’il a expliqué : 

Au printemps 1996, Jean-Claude Coulbois avait rencontré Robert Gravel sur un projet auquel, il devait le suivre pendant une journée. Comme cela c’est tellement bien passé, Robert a été si généreux avec Jean-Claude et il en avait beaucoup plus à raconter, le tournage s’est donc poursuivi pendant 5 jours et les deux devaient se revoir à l’automne, pour finaliser les entrevues, lorsque la pièce qu’il écrivait serait terminée. Donc, c’est ainsi que Jean-Claude a commencé à tourner les premières séquences d’un film sur Robert Gravel à travers son théâtre. L’idée était de suivre la progression dans la création de cette pièce : « Thérèse, Tom et Simon… ».  Le 12 aout 1996, Jean-Claude était en train de visionner le matériel tourné, lorsqu’il a appris la mort subite du comédien. Comme il voulait faire un film sur et dans sa vie, mais que maintenant il n’était plus là, ne voulant pas faire un hommage post mortem avec son film, il a décidé d’envoyer ses cassettes dormir dans une voute. Ce n’est que 5 ans plus tard, lors d’une rencontre par hasard avec le comédien Luc Senay qui avait participé à un des tournages avec Robert que Luc lui a dit qu’il devait terminer le film, puisque Jean-Claude était le seul à avoir des images de Robert dans son théâtre et que maintenant, il n’était plus là. Il a donc ressorti ses cassettes et il a pu jeter un nouveau regard sur ce qu’il avait tourné et a décidé de faire ce film comme il le décrit lui-même en ces mots :   « un film sur quelqu’un disparu trop tôt pour qu’on en parle au passé. Donc, ceci voulait dire que le film serait tourné au présent et qu’on ne serait jamais dans la nostalgie.» 

Ainsi, à partir des images et entrevues tournées lors du dernier match dans la L.N.I. de Robert et les répétitions de sa dernière pièce : « Thérèse, Tom et Simon… »,  ainsi que les notes que le réalisateur avait prises en 1996, Jean-Claude a donc passé les dix dernières années à rassembler des archives des captations vidéos de ses pièces, à faire des entrevues avec les gens qui ont côtoyé Robert au théâtre et surtout à rechercher le financement pour faire ce film. 

Selon lui, ce fut pénible de trouver le financement pour terminer ce film sur un homme et un théâtre, le Nouveau Théâtre Expérimental de Montréal, qui ont été plus qu’une alternative aux théâtres traditionnels. Il s’est cogné le nez à la porte des télévisions :

« Les stations de télévision Radio-Canada, Télé-Québec et Artv, ne voulaient pas m’aider. J’ai été trois fois frapper à leur porte. Je disais le nom de Robert Gravel et on me disait NON, sans jamais me donner d’explications. Je sais juste qu’ils n’en voulaient pas. Le ton sur lequel ils me répondaient, me laissait entendre que je ne devais pas demander pourquoi… Alors peut-être qu’ils trouvaient que la LNI, on en avait trop parlé? Ou ils trouvaient que le théâtre expérimental c’était trop pointu? Je n’ai jamais eu l’occasion de leur demander, mais j’ai vu leurs résistances. C’est sûr que Robert Gravel, de la part des notables de l’administration des télévisions, il est vu comme un délinquant. Il était le maitre de l’audace de la création, du refus des conventions, de l’irrespect et il y a des gens qui n’aimaient pas cela… » 

En plus des documents d’archives et des entrevues avec Robert Gravel, ce film propose des entretiens réalisés avec des amis de Robert, ceux qui ont été proches de lui dans le théâtre et l’impro. Est-ce que cela a été difficile de les faire parler ou même de choisir lesquels conserver ?

« Tous les gens que j’ai appelés, et cela a été unanime, quand je leur disais que je voulais faire un film sur Robert, on me disait : Pour Robert, ce que tu veux, quand tu veux. Je les ai donc tous rencontrés une première fois et ensuite, j’ai dû faire des choix. Je devais d’abord garder Robert en premier plan, car c’est lui le personnage central du film. Ensuite, cela a été d’aller chercher des regards sur lui qui complétaient un peu ce qu’il disait, tout en n’étant pas dédoublé… Par exemple, il y a beaucoup d’extraits des pièces de théâtre de Robert, avec Luc Senay. Alors, même si Luc avait des choses très pertinentes à dire sur Robert, je ne l’ai pas inclus dans le montage, car je voulais garder un certain dosage des apparitions des personnes dans le film. » 

Robert Gravel

Quand on lui demande pourquoi il n’a parlé que de la carrière théâtrale de Robert incluant la LNI, mais sans faire de référence à sa carrière au cinéma ou à la télé et même sur sa vie personnelle, voici ce que le réalisateur avait à dire : « Tout d’abord, quand je suis allé voir Robert, c’était clair que c’était son théâtre qui m’intéressait. Donc, c’est beaucoup de cela que je l’ai fait parler.  De plus, la télévision (les téléromans) pour Robert Gravel c’était surtout un gagne-pain. Tandis que son théâtre expérimental servait pour faire ce qu’il ne pouvait pas faire ailleurs. C’était son jardin…Je n’ai pas connu assez Robert et les entrevues ne sont pas devenues des échanges où on aurait pu aborder des questions sur son intimité. On ne s’est jamais rendu jusque-là et peut-être qu’on ne les aurait jamais abordés non plus. Puis une fois décédé, il était hors de question que j’amène des hypothèses, des opinions sur la vie sentimentale de quelqu’un que j’ai si peu connu. » 

Et pourquoi ne pas parler de sa vie personnelle avec ceux qui l’ont bien connu? Est-ce que ses proches, épouse, frère et sœur ont été approchés pour le film? « Sa femme, Anne-Marie, un jour je l’ai appelé pour lui dire que je m’apprêtais à terminer le film sur Robert que j’avais débuté. Elle m’a dit deux choses. Première chose, je ne veux pas être dans ton film. Deuxième chose, tout ce que je peux faire pour t’aider, je vais le faire. Et elle l’a fait. Et les frères et sœurs de Robert, lorsque je leur ai parlé de ce film qui serait un portrait de Robert avec son théâtre, aucun d’eux,  ne m’a demandé de témoigner.»  

Quelle a été la réaction de sa femme suite au visionnement du film?

« Le jour où le film a été prêt, j’ai voulu lui présenter. Elle m’avait invité à diner avec elle. Elle m’avait fait un festin. En voyant le film, elle a été bouleversée et je le comprends très bien. Deux ou trois heures après, une fois décantée, elle m’a dit : je pense que si Robert t’avait connu, il t’aurait aimé. Par la suite, on est resté en contact. Elle m’a parlé récemment que les gens qui font de l’improvisation en Europe et qui connaissaient bien Robert Gravel, sont très intéressés à voir le film. Alors, on est dans le processus de faire en sorte qu’ils le voient… Pour ce qui est du film, il est présentement en salle ici et cette version complète du film dure 83 minutes. Mais il y aura aussi une version de 52 minutes qui va passer sur la chaine TV5. Mais c’est certain que la version télévisée, en version écourtée, sera presque un autre film. Car ce qui a été enlevé dans cette version, c’est toute sa relation avec Jean-Pierre Ronfard, ce qui est un gros morceau dans la vie de Robert et dans le film, on a le regard de Jean-Pierre sur Robert. Donc, tout cela est perdu dans la version de 52 minutes… Tout cela, parce que les télévisions n’acceptent pas de documentaires de plus de 52 minutes. Il n’y a pas d’autres raisons. » 

Jean-Claude Coulbois termine son entretien avec le public, en réitérant qu’il espère que les gens iront voir le film, mais qu’il espère aussi qu’il soit également diffusé dans les écoles de théâtre, les conservatoires, les écoles d’art, les CEGEPs et pourquoi pas les ligues d’improvisation locales. L’important c’est que maintenant que Robert Gravel n’est plus là, il faut que d’autres gens prennent le relai, que ce soit en improvisation ou en théâtre. Que ce soit avec audace, passion, conviction et par pur plaisir de jouer librement, en explorant des avenues nouvelles, avec une démarche créative qui va à l’encontre des conventions, on peut dire que Robert Gravel aura été un homme de théâtre généreux, rassembleur, qui savait travailler dans le plaisir, tout en étant rigoureux. C’est du moins l’impression que m’a laissée ce film magnifiquement réalisé par Jean-Claude Coulbois. 

Ce film est présenté au Cinéma Beaubien à Montréal depuis le 16 mars dernier et au Clap de Québec depuis le 23 mars dernier. 

Il sera éventuellement présenté sur la chaine TV5 en version écourtée de 52 minutes. 

RÉALISATION Jean-Claude Coulbois

PRODUCTRICE Nicole Hubert

PRODUCTRICE EXÉCUTIVE Bernadette Payeur

MONTAGE Catherine Legault

MONTAGE SONORE Olivier Calvert

MUSIQUE Michel Smith

PRODUCTION ACPAV 

AVECLA PARTICIPATION

Jean Bard, Anne-Marie Provencher, Diane Dubeau, Alice Ronfard, Jacques L’heureux, Jean-Pierre Ronfard, Éric Loiseau, Paul Savoie, Alexis Martin, Guylaine Tremblay et Pol Pelletier. 

http://www.acpav.ca/films/mort-subite-dun-homme-theatre 

www.facebook.com/RobertGravel.lefilm

Site dela LNIet son histoire.

http://www.lni.ca/nouveausite/index.php?option=com_content&view=article&id=5&Itemid=7 

Site du Nouveau théâtre expérimental de Montréal

http://www.nte.qc.ca/

 

DISTRIBUTION

Les Films du 3 mars

Anne Paré T. (514) 523-8530

apare@f3m.ca

www.f3m.ca

 PRODUCTION

ACPAV

Nicole Hubert

info@acpav.ca

www.acpav.ca

crédit photos : Courtoisie.

 

 

 

 

 

 

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