Mme Michèle Fortin, récipiendaire du Grand prix de l’Académie (Gémeaux 2013)

Michèle Fortin
Michèle Fortin

C’est cet après-midi, lors de l’Avant-première du Gala des prix Gémeaux 2013, que la présidente-directrice générale de Télé-Québec, madame Michèle Fortin, a reçu le Grand prix de l’Académie, qui souligne une carrière exceptionnelle contribuant au développement de la télévision d’expression française au Québec et au Canada. À cette occasion, madame Fortin a prononcé un discours traçant un portrait passionné et passionnant de la télévision d’ici.

Voici le texte intégral de son allocution.

Tout d’abord, merci à l’Académie pour ce prix.

Mais comme vous le savez tous, la télévision est une entreprise collective. C’est pourquoi je veux aussi remercier tous les artistes et artisans, collaborateurs et partenaires qui contribuent tous au succès de la télévision d’ici. Ce prix leur appartient aussi.

Et comme le veut l’usage, j’aimerais saluer ma famille, ma grande famille, qui me garde solidement ancrée dans le monde d’aujourd’hui sans regrets ni nostalgie.

Il est de tradition, dans une telle occasion, pour la récipiendaire du Prix de faire un discours. Il est aussi recommandé, pour ne pas ennuyer le parterre, qu’il soit court. Je ferai de mon mieux.

Je voudrais très brièvement vous parler de mon amour pour la télé, de son importance et de ma confiance dans son avenir.

Disons-le tout de suite, c’est un privilège de faire de la télé et ce l’est encore plus au Québec :

• D’abord, nous entrons tous les jours dans les foyers des gens qui nous invitent à partager leur vie;

• Ceux-ci nous regardent, selon les derniers chiffres du CRTC, 28 heures et demie par semaine – ceci correspond à plus de quatre journées de travail d’une semaine normale;

• Et loin de diminuer, ce chiffre ne fait qu’augmenter grâce aux possibilités techniques offertes par les nouveaux modes de diffusion;

• Ceci implique, pour ceux qui y travaillent, une grande responsabilité envers le public et envers les citoyens.

La télévision demeure, pour la population, le premier divertissement de choix : proche, accessible, relativement bon marché. C’est aussi encore la première source d’information. Elle doit donc être marquée au sceau de la qualité et de la rigueur.

La télévision peut aussi, en même temps, être autre chose. Pour moi, la télévision demeure avant tout :

• Une ouverture sur le monde, notre monde et celui des autres;

• Une invitation au plaisir d’apprendre, de comprendre, de s’interroger;

• La télévision c’est aussi une culture partagée et, particulièrement au Québec, une composante essentielle de notre identité.

Mon métier, je l’ai exercé dans le secteur public parce que c’est celui qui doit porter ses exigences au niveau le plus élevé, tout en restant pertinent et compétitif, dans un environnement de plus en plus concurrentiel et commercial.

Au cours des années, j’ai œuvré à titres divers dans toutes les télévisions publiques ou de service public au Québec : Radio Canada, Télé-Québec, RDI, ARTV, TV5, Canal Savoir, toutes avec des orientations et des mandats distincts.

Ce que j’en ai tiré, c’est que même si la télévision est un média de masse, elle doit aussi répondre à des publics divers, peut-être moins nombreux, mais aux goûts et aux besoins variés. À l’heure des concentrations et des grands conglomérats, il est encore plus essentiel de préserver cette diversité.

Il faut résister à la tyrannie « du million de téléspectateurs ou rien » si l’on ne veut pas exclure de nos ondes : enfants, culture, documentaires, innovation et expérimentation. Le public des enfants, cher à Télé-Québec, n’atteindra jamais le million de téléspectateurs, et ce, même si trois enfants sur quatre âgés de 2 à 11 ans sont à l’écoute de Télé-Québec chaque semaine.

Avant de vous quitter, j’aimerais aborder une question que l’on me pose régulièrement : celle de l’avenir de la télévision et de sa mort annoncée face à la popularité envahissante des médias numériques.

Tout d’abord, ce diagnostic provient d’une confusion un peu simpliste entre télévision et téléviseur. La télévision n’est pas un appareil. Ce n’est pas non plus un mode de distribution, puisqu’elle est passée du hertzien, au câble, au satellite, au Web et maintenant au mobile. Ce qui définit la télévision, ce n’est pas le véhicule mais les contenus. La raison pour laquelle nous sommes tous ici aujourd’hui, c’est le contenu.

Or, loin d’être un frein à la distribution des contenus, les nouvelles technologies en augmentent la diffusion : « Vos émissions où vous les voulez et quand vous les voulez. » Vous pouvez maintenant écouter Les bobos dans le métro et visionner Bazzo.tv dans votre jardin. Les contenus télévisuels sont devenus de plus en plus accessibles.

Les nouveaux médias numériques offrent aussi de nouvelles voies à la création et au partage. Pour la télévision, il s’agit de possibilités qui l’amèneront plus loin. L’avenir est ouvert. Nous n’en sommes qu’aux premières explorations, les modèles d’affaires sont encore à découvrir, mais le futur est plein de promesses.

La télévision au Québec, tout comme l’ensemble de l’activité culturelle d’ailleurs, occupe une place exceptionnelle compte tenu de la taille de sa population. Elle a toujours été, depuis ses débuts, une source de fierté, d’identité et, à certains moments, je dirais même de progrès social.

Aujourd’hui, jour des Gémeaux, c’est la fête de la télé : 199 productions sont en compétition pour leur qualité, dont 153 ont été diffusées à la télévision dite conventionnelle et 46 exclusivement sur le Web.

Au cours des dernières semaines, une vingtaine de chaînes de télévision francophones au Québec ont dévoilé leur programmation pour la saison 2013-2014. Ensemble, elles mettront en ondes plus de 50 émissions originales, nouvelles, produites ici.

Ceci au moment où prophètes et experts dans les journaux, revues, blogues et conférences nous annoncent régulièrement le déclin de la télévision et sa mort prochaine.

Mesdames et Messieurs, la télévision change, évolue et se transforme peu à peu, c’est vrai. Mais compte tenu de son dynamisme et de sa vitalité actuelle, réjouissons-nous : « Le mourant se porte plutôt bien! »

Merci encore à tous – et bonne année de télé!