Entrevues avec les artisans du film Une jeune fille de Catherine Martin dans le cadre du FCVQ

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Catherine Martin, Sébastien Ricard et Ariane Legault
Catherine Martin, Sébastien Ricard et Ariane Legault

Une jeune fille, le tout dernier film de Catherine Martin (Trois temps après la mort d’Anna), est l’un des films en compétition officielle au Festival de cinéma de la ville de Québec. Avant la projection du film au Palais Montcalm, j’ai rencontré les artisans du film, Catherine Martin, Sébastien Ricard et Ariane Legault qui m’ont parlé du film et du tournage.

Mon appréciation du film se trouvera dans la section Cinéma de ce site internet, à partir du 4 octobre 2013, date de la sortie officielle du film en salle.

Synopsis

Chantal est une adolescente secrète. Elle vit entre une mère malade et un père chômeur. À la mort de sa mère, elle quitte le logis familial et se rend en Gaspésie. Elle emporte avec elle la photo d’une plage près de Gaspé où sa mère rêvait de retourner. Chantal cherche à retrouver ce lieu en vain. Après une errance de plusieurs jours et au bout de ses ressources, elle trouve refuge chez Serge, un agriculteur taciturne, dans sa petite ferme de l’arrière-pays. Serge embauche Chantal et, progressivement, ses deux êtres solitaires apprennent à se connaître. Au contact de la nature environnante, Chantal s’ouvre au monde et à sa beauté. La ferme est en difficulté. Serge résiste à la volonté de sa soeur Laura de se départir de ce qui reste de leur patrimoine. Ils se retrouvent dans une impasse. Serge et Chantal s’attachent peu à peu l’un à l’autre. 

Catherine Martin, scénariste et réalisatrice :

D’où vous est venue l’idée de ce film? Et de le tourner en Gaspésie?« Dans ce cas-ci le récit m’est venu à partir de ces deux êtres que sont Chantal et Serge. Chantal, je voulais qu’elle s’en aille dans une sorte de bout du monde et Gaspé pouvait représenter ce bout du monde, ce contraste avec la ville, en réalité. Et je voulais montrer ce qu’ont vécu plusieurs cultivateurs, fermiers dans la région de la Gaspésie. Des fermes laitières, il y en a de moins en moins là-bas et le personnage de Serge, c’est ce qu’il vit. Il perd progressivement sa ferme. Et je connais la Gaspésie pour y avoir séjourné souvent, étant jeune, dans la Baie des Chaleurs, avec ma famille et je suis restée attachée à cet endroit. Et J’ai exploré cet endroit aussi lors d’un documentaire que j’ai fait déjà. J’aime explorer le Québec et son territoire par le cinéma. » 

Et le choix de vos deux acteurs principaux, Sébastien et Ariane, s’est fait comment?« D’abord, j’ai écrit le scénario sans penser à personne. Puis, une fois le scénario assez avancé, j’ai pensé à Sébastien Ricard et il m’a dit oui. Et même si le film a pris 3 ans avant de voir le jour, à cause du délai de financement, Sébastien a toujours gardé cet engagement envers le film malgré tout ce temps et je lui en suis très reconnaissante. Pour Ariane, c’est en audition qu’on l’a trouvé. Il y a eu d’abord des préauditions, puis le directeur de casting a filmé une quarantaine de jeunes filles de 13 à 18 ans. Elle est restée au deuxième tour. Puis, j’ai travaillé avec une quinzaine de ces filles pour la suite. Et finalement pour les auditions de jeu avec Sébastien, il restait Ariane et 3 autres filles un peu plus vieilles qu’elle. C’est là que l’évidence est survenue, car la complicité et la chimie entre elle et Sébastien étaient très présentes. Et je n’ai jamais regretté mon choix. Elle a beaucoup d’instinct et elle se laisse mener facilement dans l’univers que je voulais créer. »   

D’avoir peu de dialogues, est-ce plus difficile de diriger les acteurs, où tout doit se passer par les regards, les non-dits? « Je ne dirais pas diriger les acteurs, mais plutôt les guider vers quelque chose qu’ils ressentent. Et en plus, je les ai choisis au départ pour leur ÊTRE. Comme Sébastien, je l’ai choisi, car je sentais qu’il avait quelque chose en lui que ressentait Serge aussi en lui. Et c’est la même chose pour Ariane. Mais ce n’est pas plus facile qu’il y ait des dialogues ou non. L’important et le défi, c’est de rendre la vérité. Et au cinéma, tout compte, les regards, les gestes, la manière de bouger, se déplacer. Tout devient signifiant et cela s’est fait avec beaucoup de naturel et de simplicité. »

 C’est une belle carte postale pour cette région, avec le bruit des vagues, le vent qui siffle, les paysages bucoliques. Comment les gens là-bas vous ont accueillis pour le tournage? « Cela a été extraordinaire ! J’ai un sentiment de grande gratitude envers ces gens. C’est surtout mon équipe artistique (décor, etc..) qui eux, ont eu des contacts avec les gens là-bas, de façon continue, au quotidien, pendant qu’ils préparaient les lieux de tournage. Ils ont été d’une générosité, d’une hospitalité, d’un accueil fantastique. Et pour eux aussi c’était agréable de pouvoir observer le processus de faire un film. Ils ont vu les gens au travail et se sont rendu compte que c’est complexe de faire un film et que c’est beaucoup de travail de faire un film. On a eu de l’aide aussi de certaines personnes, comme cet homme qui était menuisier et  travailleur forestier qui a donné des conseils à Sébastien pour savoir comment manipuler la scie mécanique. Il nous a aussi aidés aux décors pour qu’on soit quand même dans le vrai. »  

Sébastien Ricard et Ariane Legault
Sébastien Ricard et Ariane Legault

Sébastien Ricard (rôle de Serge) :

Catherine Martin m’a mentionné qu’elle vous avait approché pour jouer dans ce film, après l’écriture de son scénario. Qu’est-ce qui vous a plu dans ce scénario et ce rôle pour accepter d’y jouer?« J’ai beaucoup aimé le scénario, à sa lecture. Je l’ai trouvé très bien écrit. Je trouvais que cette histoire, la rencontre de ces deux personnes, était très bien amenée. Que c’était très fort comme situation. Pour le personnage qu’on me proposait, je voyais que c’était quelque chose que je n’avais pas eu la chance de faire avant. Et ça parlait de sujets que je n’avais jamais abordés. Un cinéma intimiste, mais c’était aussi une thématique et une histoire qui pouvait parler à un grand nombre de personnes. Et je trouve qu’au final, après avoir vu le long métrage, que c’est un film qui tient toutes ses promesses. Ce que je vois à l’écran, c’est ce que j’ai lu dans le scénario, mais encore mieux.Et je trouve que ça parle du Québec d’une manière assez originale. »

Et la complicité entre Ariane et vous s’est faite facilement?« Tout à fait! On a fait une audition avec Ariane entre autres. Et avec elle, il s’est passé quelque chose de spécial. Entre nous deux, il y a avait quelque chose qui se passait. C’est rare. C’est précieux. C’était comme un coup de foudre un peu, autant pour moi que pour Catherine Martin pour Ariane. Et Ariane a une espèce d’intériorité et une présence naturelle à l’écran. »

Comment s’est déroulé le tournage en Gaspésie, avec les gens là-bas? Est-ce que cela facilite un tournage que d’aller tourner ailleurs plutôt que d’inventer des lieux à Montréal? « D’une part, rester un mois de temps en Gaspésie, sur le site où toute l’histoire se passait, c’était déjà une grande chance. Pas seulement pour les acteurs, mais pour l’équipe au complet. Cela a rapproché tout le monde. Et comme on tournait sur une ferme louée, ses propriétaires, nous ont entretenus d’histoires et d’anecdotes. J’ai beaucoup discuté avec eux. Naturellement cela ne touchait pas toujours le film, mais juste de voir à quel point ils avaient tous des histoires et une vie extraordinaire à raconter, cela agrémentait nos journées. J’en ai appris sur leur mode de vie, leur présence au monde, leur amour de la nature et des bêtes, mais de manière pragmatique. C’était beau à voir. » 

Est-ce que vous avez une approche de jeu différente pour un rôle où tout doit passer par les regards et les non-dits, sans beaucoup de dialogues, pour faire passer les bonnes émotions au bon moment? « Le métier de comédien c’est vraiment d’être présent au moment où on dit ACTION, et être présent à l’autre. Et aussi, d’essayer de bien comprendre la situation. Dans ce cas-ci, c’est un huis clos de deux personnes que tout sépare, et dont la rencontre pouvait sembler improbable. Et cela, c’était très chargé déjà. Donc, après cela, on n’avait pas beaucoup à parler, car la situation est très forte d’emblée. Et les mots, quand on a à en dire, ce sont juste comme de petites notes de musique. Sinon, tu es là, et il faut juste s’y abandonner. » 

Quels sont les projets sur lesquels vous travaillez présentement et dont vous pouvez me parler?« Je tourne présentement un film avec le réalisateur Jimmy Larouche, qui a fait la cicatrice. Il vient du Lac St-Jean et on tourne à nouveau au Lac St-Jean. Ce long-métrage « Antoine et Marie » met aussi en vedette Martine Francke,  Guy Jodoin, Isabelle Blais et Pierre-Luc Brillant. C’est encore une fois un film autoproduit. Aussi, le producteur de Une jeune fille, François Delisle est également réalisateur. Il produit, scénarise et réalise un film qui va débuter au mois de décembre, dans lequel je joue également. Avec Loco Locass je fais des spectacles beaucoup aussi. On s’en va justement sur la Côte-Nord et dans le bas du fleuve, là, cette semaine. Et je jouerai au théâtre en 2015. »

 Ariane Legault (rôle de Chantal) :

Tu es le personnage principal du film, celui qui est à l’écran presque du début à la fin. Sentais-tu la pression de porter le film sur tes épaules? « Oui. Quand j’ai su que j’avais le rôle, j’ai trouvé cela bien le fun, mais je savais que je devrais être présente et à l’écoute tout le temps et donc, c’était de la pression pour moi. C’était 5 semaines de tournage et je savais que j’allais manquer des journées d’école, que j’aurais à rattraper. C’était donc un choix à faire! »

Parle-moi de ton personnage ? « C’est une jeune fille qui n’a pas vraiment eu d’enfance, parce que sa mère est malade et mourante. Son père est chômeur et c’est donc Chantal qui travaille, fait les courses, s’occupe de sa mère. Elle a grandi trop vite. Elle s’est renfermée sur elle-même. Elle est très seule et solitaire. À la mort de sa mère, Chantal part pour la Gaspésie pour tenter de retrouver le paysage sur la photo que sa mère lui a laissé. Elle rencontre Serge et à son contact de Serge, elle va s’épanouir. Elle va découvrir la campagne, la nature, la chasse, la ferme, la musique classique. Elle trouve enfin un endroit où elle est bien et Serge est un peu comme elle, un gars solitaire, dans sa bulle. Les deux avaient besoin l’un de l’autre, comme des âmes sœurs. »

 Décris-moi un peu ton horaire durant ce tournage en Gaspésie à l’automne, pendant que tu devais aussi être à l’école. « Pendant ces cinq semaines, j’allais seulement 2 jours à l’école. Les mercredis et jeudis, car c’était les jours de congé sur le plateau en Gaspésie. Mais moi, je tournais en Gaspésie du vendredi au mardi. Puis, le mardi, après le tournage, je revenais à Montréal. On roulait toute la nuit et puis j’allais à l’école le mercredi et jeudi. Puis, le jeudi après l’école, on repartait pour la Gaspésie où on roulait toute la nuit, pour que je tourne le vendredi matin. »

 Tu as une belle carrière déjà pour ton jeune âge. Tu sembles jouer des rôles assez difficiles pour ton âge, avec beaucoup de maturité. Comment réussis-tu à jouer des personnages qui ont du vécu que tu n’as pas encore toi-même, à incarner des rôles que tu ne connais peut-être pas beaucoup?« Oui, c’est vrai que je joue des rôles qui sont loin de moi. Par exemple, j’ai joué deux fois quelqu’un qui tombe enceinte. Pour mon rôle dans l’Affaire Dumont, je jouais une fille qui s’automutilait. Moi-même, je n’ai jamais fait cela et je ne comprenais pas pourquoi quelqu’un ferait cela. J’ai donc fait des recherches. Je suis allée sur des blogues où les gens en parlaient, ils s’expliquaient. Cela m’a aidé à comprendre pourquoi mon personnage faisait cela. Pour ce rôle-ci, je n’ai pas eu tant de recherches à faire que cela. Je me suis surtout rattaché à des personnes que j’ai déjà vues ou connues. Puis, j’apprends à connaitre mon personnage, je lui invente un passé et au fil des répétitions et du tournage, le personnage évolue. »

 Est-ce que tu as d’autres projets pour les prochains mois ou bien si tu te consacres à tes études? « J’ai eu ce film l’an passé en plus de jouer dans 30 vies, alors cette année, je vais plutôt me consacrer à mon secondaire IV. C’est l’année qui compte le plus pour les notes pour le CÉGEP. C’est sûr que si j’ai un projet je ne vais pas le refuser, mais disons que je ne vais pas chercher à en avoir un à tout prix. »

 Ce film sortira dans nos salles de cinéma, dont le Clap de Québec,  le 4 octobre 2013.

 Distribution

Ariane Legault (Chantal)

Sébastien Ricard (Serge)

Marie-Ève Bertrand (Laura)

Jean-Marc Dalpé (Ernest)

Hélène Florent (Mère de Chantal)

Hugues Frenette (Père de Chantal) 

Fiche technique

Réalisation et Scénario: Catherine Martin

Costumes: Caroline Poirier

Direction artistique: Caroline Alder

Distribution des rôles: Pierre Pageau

Mixage: Stéphane Bergeron

Montage images: Nathalie Lamoureux

Montage son: Simon Gervais

Musique: Robert Marcel Lepage

Photographie: Mathieu Laverdière

Prise de son: Marcel Chouinard

Production: François Delisle

Producteur délégué: Maxime Bernard

Sociétés de production: Coop Vidéo de Montréal et Films 53/12

Productrice exécutive: Lorraine Dufour

Distribution: K-Films Amérique 

En compétition au Festival de cinéma de la ville de Québec
http://www.fcvq.ca/programmation/4387 

Crédit photos : Lise Breton