Tarif Hydro-Québec pour les centres de données : pourquoi l’IA pousse la société d’État à demander 13 ¢/kWh

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Tarif Hydro-Québec pour les centres de données : pourquoi l’IA pousse la société d’État à demander 13 ¢/kWh
L'intelligence artificielle pousse la société d'État à demander 13 ¢/kWh

Chaque fois que vous posez une question à un assistant d’intelligence artificielle, que vous regardez une série en continu ou que vous sauvegardez vos photos dans le nuage, des serveurs tournent quelque part. Une partie d’entre eux se trouve au Québec, branchée sur le réseau d’Hydro-Québec, et elle paie son électricité beaucoup moins cher qu’ailleurs en Amérique du Nord.

C’est précisément ce qu’Hydro-Québec veut changer. La société d’État demande à la Régie de l’énergie de créer un tarif propre aux grands centres de données, qui ferait presque doubler le prix qu’ils paient. Le dossier oppose Hydro-Québec à Google et à plusieurs exploitants du secteur, et les audiences publiques viennent de s’ouvrir à Montréal.

Voici ce que contient la proposition, pourquoi elle arrive maintenant et ce qu’elle signifie, ou non, pour votre propre facture.

Centres de données et IA : de quoi parle-t-on exactement?

Un centre de données est un bâtiment rempli de serveurs informatiques qui stockent et traitent de l’information en continu. Ces machines doivent fonctionner jour et nuit et être refroidies en permanence, ce qui en fait de très gros consommateurs d’électricité.

L’essor de l’intelligence artificielle accentue cette demande. Entraîner un modèle d’IA, puis répondre aux requêtes de millions d’utilisateurs, exige une puissance de calcul bien supérieure à celle d’un service Web classique. Avec son électricité renouvelable, son climat froid et ses tarifs industriels bas, le Québec est devenu une destination recherchée par ces installations.

Ce que propose Hydro-Québec

Le nouveau tarif viserait les centres de données de plus de 5 mégawatts (MW). Il ferait passer le prix de l’énergie à une moyenne de 13 cents le kilowattheure, alors que les centres de données paient actuellement 6,82 cents en moyenne, selon les calculs d’Hydro-Québec. Cela représente une augmentation de 91 %. 

Tous les clients ne seraient pas touchés de la même façon. Les nouveaux clients du secteur seraient automatiquement assujettis au tarif, tandis que les centres déjà raccordés au réseau bénéficieraient d’un tarif transitoire sur cinq ans, avec une montée progressive. Ils atteindraient le tarif complet en 2030.

Hydro-Québec souhaite une entrée en vigueur le 1er novembre, si la Régie de l’énergie approuve le tarif. Rien n’est donc acquis pour l’instant.

Le minage de cryptomonnaie aussi dans la mire

La demande comprend un deuxième volet, qui touche les chaînes de blocs. Hydro-Québec propose de faire passer le tarif des installations de minage de cryptomonnaie, comme le Bitcoin, de 6,82 ¢/kWh à 19,50 ¢/kWh, en invoquant le caractère énergivore de cette activité et ses retombées économiques jugées limitées. Un tarif transitoire de trois ans serait offert aux clients actuels. Ce secteur consomme environ 115 MW, et Hydro-Québec ne prévoit aucune croissance de sa consommation d’ici 2035. 

Pourquoi maintenant? La fin des surplus

Pendant des années, le Québec produisait plus d’électricité qu’il n’en consommait. Attirer des centres de données avec des prix avantageux permettait de rentabiliser ces surplus. Ce contexte a changé. Sarah Trabelsi, cheffe des coûts et de la tarification chez Hydro-Québec, a affirmé lors de l’audience que l’époque des surplus énergétiques était désormais révolue.

La croissance prévue du secteur explique aussi l’urgence. Les centres de données visés par le nouveau tarif consomment actuellement 190 MW en période de pointe et pourraient atteindre 1000 MW d’ici 2035. Pour l’ensemble du secteur, Hydro-Québec anticipe une consommation multipliée par sept d’ici 2035. 

Le cœur de l’argument est financier. Le coût moyen de l’énergie atteint environ 12 cents le kilowattheure et augmente; Hydro-Québec dit vouloir éviter de continuer à vendre aux centres de données à un tarif réduit qui ferait payer la différence aux autres clients. La société d’État cite l’exemple américain : selon des données compilées par Bloomberg, dans les États où le secteur des centres de données a fortement crû, les factures de l’ensemble des clients ont jusqu’à doublé en cinq ans. 

La démarche est soutenue par le gouvernement du Québec, qui a adopté des décrets à cet effet. 

Google et l’industrie contestent

Les entreprises concernées ne l’entendent pas ainsi. La Coalition des centres de données, qui regroupe Cologix, Compass, Equinix, eStruxture, QScale et Vantage Data Centers, s’oppose aux nouvelles mesures. Elle estime qu’aucune raison ne justifie que les centres de données paient plus cher que les autres grands consommateurs industriels.

Son avocate a aussi rappelé qu’Hydro-Québec avait fait campagne en 2017 pour attirer ces installations dans la province, en leur accordant des rabais sur les tarifs industriels. 

Google mène sa propre contestation. L’entreprise soutiendra que le tarif est discriminatoire, puisqu’il cible une seule catégorie de consommateurs. Elle possède trois centres de données au Québec et a acquis en 2021 un terrain de 63 hectares à Beauharnois pour en construire un autre. 

Le débat dépasse l’industrie technologique. L’audience réunit aussi la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante et une coalition environnementale comprenant Greenpeace et Nature Québec. 

Est-ce que ma facture d’Hydro va augmenter?

La proposition ne modifie pas les tarifs résidentiels. Elle vise uniquement les centres de données de plus de 5 MW et les activités de chaînes de blocs. Hydro-Québec présente d’ailleurs ces tarifs plus élevés comme un moyen de limiter l’effet de la demande croissante des centres de données sur les tarifs résidentiels.

Vos tarifs suivent un processus distinct. Le gouvernement du Québec a fixé à 3 % le taux maximal de hausse de certains tarifs domestiques pour les années tarifaires commençant le 1er avril 2026, 2027 et 2028. 

Autrement dit, la décision sur les centres de données n’entraînera pas de hausse directe de votre facture. Son enjeu se situe à plus long terme : déterminer qui assumera le coût des nouvelles infrastructures nécessaires pour alimenter un secteur en forte croissance.

L’industrie soulève toutefois un autre angle. La Coalition a demandé aux experts d’Hydro-Québec s’ils avaient évalué comment ces coûts pourraient se répercuter sur les consommateurs qui utilisent des services hébergés dans les centres de données. Cet effet indirect reste difficile à chiffrer. 

Qui décidera, et quand?

Le dernier mot revient à la Régie de l’énergie, l’organisme indépendant qui encadre les tarifs d’électricité au Québec. À ce stade, il ne s’agit que d’une demande d’Hydro-Québec. La Régie devra déterminer si un tarif propre aux centres de données est juste et viable.

L’audience publique s’est ouverte le 1er octobre à Montréal. Les représentants de Google et des groupes environnementaux doivent interroger les experts d’Hydro-Québec au cours des prochains jours. La décision de la Régie dira si le Québec choisit de faire payer davantage l’électricité qui alimente l’IA, ou s’il maintient l’approche qui a attiré ces installations depuis près de dix ans.

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