Entrevue avec Katee Julien après son Masterclass en technique de chant «Belting»

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KateeJulienÀ la mi-novembre avait lieu une classe de maître avec une des plus belles voix du Québec, Katee Julien. On a pu la voir récemment à Québec dans un rôle principal de la comédie musicale Sweeney Todd.  Katee Julien est une spécialiste du «Belting», une technique qui consiste à utiliser la voix de poitrine dans les registres plus aigus avec une bonne puissance vocale.  Après son weekend de formation avec une douzaine de chanteurs, j’ai eu la chance d’assister à la dernière heure et de pouvoir discuter avec Katee avant son retour vers Québec.

Pour débuter, voici un rappel sur sa biographie. Le public a pu l’applaudir dans Roméo et Juliette, Les Misérables, Sweeney Todd, Danse Sing et plusieurs autres grandes productions.  Elle mène une carrière solo en jazz et en musique populaire et a enregistré quatre albums.  Elle tient l’affiche au Casino de Paris, aux Folies Bergères, au Casino du Liban, au Ceasar’s Palace d’Atlantic City et à l’Opéra House du Caire. Son spectacle «Hommage à Édith Piaf» reçoit de nombreux éloges à Québec. La classe de maître organisée par les Productions du Quatrième Mur (dirigé par Jérôme Tremblay et Yannick Vézina) a permis à Katee de montrer sa technique «easy belt» à une douzaine de participants accompagnés au piano par le talentueux John Gilbert. Voici l’entrevue réalisée après ce Masterclass.

La classe de maître de Katee Julien (en bas au centre) de novembre 2014
La classe de maître de Katee Julien (en bas au centre) de novembre 2014

Katee Julien, qu’est-ce qui vous a amené à faire des classes de maître pour montrer votre technique vocale à d’autres?

En fait c’est à force de l’utiliser pour les comédies musicales, mes collègues me disaient «mais mon Dieu comment tu fais ça, tu as vraiment une liberté».  Alors je me suis dit en toute humilité, pourquoi ne pas partager cette facilité à chanter avec la technique que j’appelle maintenant «Easy Belt» et ne pas démystifier le Belting.

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Katee Julien donne ses conseils

Est-ce que le «Easy Belt» c’est une technique que vous avez inventée ou ça existe ailleurs?

C’est une technique que j’ai inventée. Quand j’étais jeune, je m’enfermais dans ma chambre (pour chanter) car je venais d’une famille où la musique était extrêmement présente surtout la musique de jazz. Mon père avait un Big Band et il l’a encore aujourd’hui à 78 ans, je trouve ça extraordinaire. À l’âge de 16 ans, il a formé son Big Band donc il écoutait les Artie Shaw, Benny Goodman, Glenn Miller. Il avait des chanteuses pour le Big Band et moi je les étudiais. Je regardais leur façon d’ouvrir la bouche et comment elles se plaçaient. C’était des chanteurs noirs et je ne comprenais pas pourquoi nous les blancs, on nous faisait chanter de façon populaire comme si nous étions des chanteurs classiques. Donc j’ai forgé cette technique et je me suis mise à chanter de cette façon là en utilisant d’autres muscles faciaux. Les autres à qui je le montre me disent que ça a l’air super facile et veulent aussi le faire.

En quelques mots, en quoi consiste cette technique du «Easy Belt»?

C’est une technique de Belting mais qui aide à faire les autres sortes de voix comme la voix mixte ou la voix de tête ou même la voix d’opéra. Le «Easty Belt» sert aussi à faire sortir la voix de Belting d’une manière non forcée en utilisant les muscles qui sont attachés derrière la tête. C’est une technique de chant qui n’est pas vers l’avant mais vers la largeur, c’est à dire vers l’arrière. Je dis toujours à mes élèves «vers les oreilles».

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Katee Julien en pleine action

Est-ce que le Belting est ce qui caractérise le plus votre voix ou vous avez d’autres secrets à montrer?

Disons que je travaille beaucoup sur la voix naturelle. Je dis toujours qu’ils ont des voix qui sont des diamants bruts. On est tous des personnes différentes authentiques, donc on a tous une boîte vocale différente. Ce que j’aime c’est qu’après avoir fait ressortir la voix naturelle et l’avoir fait «belter», là on peut créer des effets.  Donc j’ai des petits secrets pour le jazz et d’autres, pour la comédie musicale quand on doit faire des personnages un peu «gnagna» ou des personnages plus adultes, là on peut transformer notre voix.

Quel plaisir tirez-vous à faire des classes de maître?

Je suis une maman dans l’âme même si je n’ai pas d’enfant. Je suis une personne qui aime le monde et ce qu’on a vécu en fin de semaine soit de transmettre ma passion, c’est fantastique. Je suis une passionnée, et voir l’intérêt dans les yeux de ces jeunes ou jeunes adultes, ça me touche énormément.

Vous venez de terminer la comédie musicale Sweeney Todd dans le rôle de Miss Lovett, un rôle assez difficile d’ailleurs. Comment avez-vous aimé ce rôle et comment vous êtes vous préparée à l’interpréter?

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La classe est attentive à son enseignement

J’ai adoré ce rôle car je crois que c’était fait sur mesure pour moi. Par contre au début j’ai vraiment eu peur car lorsque j’ai commencé à travailler les partitions j’ai trouvé que le compositeur Sondheim était complètement fou. Mais je suis tombé en amour avec ce compositeur tout au long du processus, avec ce qu’il avait fait pour ce personnage parce qu’il a vraiment réussi à mettre en musique sa folie. Mais ça été un travail de longue haleine car j’ai passé tout l’été à travailler ce personnage pour arriver à avoir du plaisir sur scène et ne pas penser à la technique et aux paroles surtout car il n’y a parfois pas d’endroit pour respirer.

Vous semblez vous spécialiser en théâtre musical, qu’est-ce que vous appréciez le plus de ce style?

C’est l’accomplissement et la complexité de faire les trois (talents) de chanter, jouer et de bouger ou danser. C’est un accomplissement total artistiquement parlant. J’aime beaucoup juste chanter ou juste jouer ou danser, mais le fait de faire les trois ensemble, c’est vraiment la totale.

Vous avez beaucoup chanté à l’extérieur du Québec, qu’est-ce qui vous a amené à vous exporter ainsi?

J’ai été chanceuse parce que j’ai fait partie de la revue musicale «Danse Sing» pendant huit ans et j’ai été la chanteuse principale pendant longtemps. C’est ainsi que j’ai eu la chance d’aller sur les planches du Casino de Paris, des Folies Bergères, au Liban et aux États-Unis au Ceasar’s Palace. Je suis aussi allée faire d’autres pays comme chanteuse invitée par les Force Armées Canadiennes. J’allais chanter pour nos soldats et donc très jeune j’ai été amenée à chanter ailleurs.

Quel rôle au théâtre musical vous a le plus marqué et quel rôle aimeriez-vous jouer?

(rires) Bonne question! À date c’est Miss Lovett sûr et certain parce que je la referais. On me dirait que je peux la jouer pendant trois ans au théâtre et je ne dirais pas non car j’adore ce personnage. Pour le rôle que j’aimerais jouer je crois que je suis une Velma (de Chicago) dans le sang mais je suis rendue un petit peu trop vieille pour la jouer. Mais c’est un de mes personnages préférés dans Chicago.

Jérôme Tremblay, Katee Julien, John Gilbert et Yannick Vézina
Jérôme Tremblay (directeur de Quatrième mur), Katee Julien, John Gilbert (pianiste) et Yannick Vézina (directeur-adjoint de Quatrième Mur)

Quels sont vos prochains projets?

Mon hommage à Édith Piaf (spectacle fait à Québec) s’en vient à Montréal pour la première fois et c’est vraiment un grand honneur de le faire à la Place des Arts. J’ai vraiment hâte aux 30 et 31 janvier (2015).  On vient aussi d’annoncer que je vais faire du coaching ici à Montréal une fois par mois pour la suite des Masterclass. À Québec mes spectacles de jazz et d’Édith Piaf qui sont en train de se placer dans les différentes salles de spectacle.

Pourquoi avez-vous choisi Édit Piaf?

Ça été long de faire ce choix. Je suis née dans une famille où la musique américaine jazz est plus à l’honneur et la musique francophone était un peu moins présente à la maison.  Donc du Édith Piaf il n’y en avait pas chez moi même si on savait qui c’était.  Puis un moment donné j’ai fait une comédie musicale qui s’appelait «Paris Moulin Rouge» et le producteur m’avait dit qu’il faudrait que je chante absolument du Piaf parce que «tu as pas sa voix mais tu as sa façon de chanter qui vient du ventre». J’étais surprise et on a essayé un medley. Je suis tombée en amour avec la façon dont c’est écrit musicalement et avec les mots. Je dis souvent aux gens lorsqu’on écoute par exemple l’Hymne à l’amour qu’on peut trouver ça de «niveau 1» pour l’écriture mais quand on le fait vocalement tout marche, Piaf avait un don pour choisir ses chansons qui ont été d’ailleurs tous des hits. En 2006 quand j’ai chanté le medley d’Édith Piaf, les réactions ont été plus que merveilleuses. Je me demandais pourquoi les gens réagissaient comme ça. Quand je chantais ça au Casino de Paris je me suis surprise à penser que Piaf a chanté ici aussi. C’est après que j’ai décidé de monter ce spectacle en 2009. Piaf était d’ailleurs la première «belteuse» francophone. Il y a plein d’autres chanteuses qui chantent Piaf et je pense que cette chanteuse mérite d’être chantée par tout le monde et très longtemps.

 

Liens:
Katee Julien      http://www.kateejulien.com
Productions du Quatrième Mur      http://www.quatriememur.com/
Annonce du Masterclass     http://info-culture.biz/2014/11/08/classe-de-maitre-en-technique-de-chant-belting-avec-katee-julien/

Photos: Daniel Ouimet