Série d’entrevues au SILQ, édition 2016 : Annie Lemieux-Gaudrault, Érika Soucy, Marie Demers et Chantal Brunette nous présentent leur tout premier roman!

MauvaisAcceptableCorrectTrès bienExcellent (Donnez votre avis)
105
Annie Lemieux-Gaudrault
Annie Lemieux-Gaudrault

Le salon international du Livre de Québec se déroule du 13 au 17 avril 2016. C’est l’endroit rêvé pour aller à la rencontre des auteurs qui ne désirent rien de mieux que de faire connaître leur premier roman et vous donner le goût de leur univers! Alors, laissez-vous tenter! 

Ainsi, cette année, j’ai choisi de vous présenter 4 nouvelles auteures que j’ai découvertes avec leurs premiers romans. Pour Érika Soucy, après les recueils de poésie, elle s’est lancée dans l’écriture d’un premier roman. Chantal Brunette a tenté l’expérience de la chick lit, mais de manière différente, et Marie Demers a écrit une autofiction comme premier opus. Tandis qu’Annie Lemieux-Gaudrault, elle, c’est plutôt une trilogie qu’elle a publié sur le thème de vaincre ses peurs. 

Annie Lemieux-Gaudrault, a publié la trilogie La peur du loup (Libre Expression), qui met en lumière des femmes fortes qui tentent de vaincre leurs peurs.

Au départ, tu avais un seul livre, avec l’histoire de Sara à raconter, puis finalement la maison d’édition Libre Expression t’a demandé si c’était possible d’en écrire plus. Et tu as écrit alors cette trilogie. Est-ce pour cela que tes tomes peuvent être lus sans nécessairement avoir lu les autres tomes, ou les lire dans le désordre? « Au départ, ils m’avaient demandé si je pouvais écrire 2 autres tomes avec le même personnage. Mais je trouvais qu’elle avait eu assez d’épreuves dans une vie pour une personne. Alors, j’ai proposé de le faire sur ses amies. Mais là, ses amies avaient d’autres professions. Alors, j’étais un peu pris avec ça. »

Dans chacun de ces tomes, tu abordes un métier différent que tu décris avec beaucoup de réalisme et de détail. Étant avocate comme Sara, où as-tu trouvé l’inspiration pour tes deux autres amies ingénieure en aéronautique et la comédienne? «J’aime beaucoup ça bien décrire le milieu de travail de mes personnages. Cela a été facile pour l’avocate. Pour les autres métiers, j’ai eu des personnes très gentilles qui m’ont laissé les espionner. Par exemple, j’ai pu aller dans des bureaux d’ingénieurs et d’architectes aussi. Si bien qu’un moment donné, je me suis demandé si je n’avais pas raté ma carrière et que j’aurais dû être ingénieure (hihi). » 

Tes 3 tomes sont si différents, au niveau de la structure et de sa présentation des chapitres. Est-ce que c’est parce que ton style d’écriture a évolué au fil du temps ou c’est que tu voulais essayer diverses choses?« C’est venu pas mal tout seul en fait. Pour Sara, les sauts dans le temps, dans le passé, retour au présent, je ne sais pas trop pourquoi, mais c’est comme ça que le livre était dans ma tête. Pour Élise, j’ai quelqu’un qui m’avait parlé de ces fiches d’humeur. Et je trouvais ça tellement drôle et intéressant de commencer sa journée avec ça. Je m’en suis donc inspiré pour débuter mes chapitres.» 

Avocate qui pratique son métier, avec en plus des enfants, as-tu un rituel d’écriture? «Mon rituel c’est pas mal dès que je peux.» 

Et qu’est-ce que cela vous apporte d’écrire, puisque vous semblez avoir une vie bien remplie? «Écrire c’est comme ma récompense. Parce que le métier d’avocate, parfois ça peut être assez rigide, rempli de conflits à gérer (C’est pas mal pour ça qu’on nous appelle les avocats en fait). Alors, écrire ça me remplit de bonheur

Voici le lien vers mon appréciation de son troisième tome :

http://info-culture.biz/2016/03/12/trilogie-la-peur-du-loup-de-annie-lemieux-gaudrault/#.VvkpOtLhDvY

Marie Demers
Marie Demers

Marie Demers publie son premier roman In Between (édition Hurtubise), dans un style très original et avec une grande sensibilité.

Ceci est votre premier roman. Qu’est-ce qui vous a inspiré à l’écrire? «C’est une autofiction que j’ai écrite, car à 21 ans, j’étais en Asie et j’ai appris au téléphone au Vietnam que mon père venait de décéder. Et quand c’est arrivé, cela me semblait tellement irréel qu’on aurait dit un personnage de roman. J’avais l’impression d’être un narrateur qui me regardait agir. C’était trop gros, pour moi pour l’assumer, il me semble. Comme je savais que je voulais écrire, cet événement a été comme la prémisse pour écrire ce livre. Comme premier roman, c’est plus facile d’écrire sur quelque chose qui sort de tes tripes. » 

Est-ce que cela vous a aidé pour faire votre propre deuil d’écrire sur ce sujet? « Ça aide à faire son deuil oui, mais je l’ai quand même écrit plusieurs années plus tard. Alors, je n’étais pas dans le vif de son départ. De toute façon, écrire dans le vif, je ne pense pas que j’aurais pu le faire à ce moment-là.  Mais surtout, je crois que ce livre a permis d’immortaliser mon père avec ces souvenirs que je mets dans l’espace public. Je peux aussi faire connaître mon père à des étrangers.» 

Ce livre nous fait voyager un peu partout sur terre, mais également c’est un voyage intérieur pour Ariane qui cherche à faire son deuil et à se retrouver, à savoir où s’en aller dans la vie. C’est le lot de plusieurs jeunes adultes aujourd’hui de voyager et de ne pas savoir ce qu’ils vont vouloir faire dans la vie (ma fille de 23 ans est ainsi également). Pourquoi pensez-vous? « Je crois qu’il y a des aspects sociaux très clairs par rapport à ça. Présentement, les jeunes terminent leur bac, leur maîtrise et ils n’ont pas d’emplois. Maintenant ce n’est plus aussi simple que tu vas à l’école et tu as un métier. Il y a tellement d’incertitude dans la vie qu’on ne sait plus trop où s’en aller. Et c’est comme ça dans mon roman aussi, même à la fin, on n’est pas certain de ce qu’elle va faire Ariane. Et c’est un peu ça que je voulais représenter dans mon roman aussi. Comment c’est que d’être un jeune adulte en 2015-2016.»

Avez-vous d’autres projets d’écriture? « C’est certain que j’ai d’autres projets. Je suis partie en Colombie en novembre et décembre dernier, pour écrire un autre roman. J’ai écrit très vite le premier jet, mais c’est vraiment la réécriture qui est insupportablement longue. Mais je commence mon doctorat alors c’est le temps d’écrire, car pendant ma thèse, je ne pourrai pas. » 

Avez-vous eu des réactions des gens sur votre roman? «J’ai eu de bonnes critiques, de belles réactions, mes amies aussi qui aiment bien (mais elles ne sont pas très objectives c’est certain). Mais c’est difficile de se démarquer avec la quantité de livres qui se publient chaque année. Je me promenais dans le Salon du livre tantôt et je pensais à tous ces trucs très bons que les gens publient alors que les gens lisent de moins en moins. Alors, je me demande si moi, je ne vais pas passer inaperçu dans le flot.»

Alors, espérons la faire se démarquer du lot avec cet article pour faire connaître son roman!

Voici le lien vers mon appréciation de son roman :  http://info-culture.biz/2016/01/27/in-between-de-marie-demers-aux-editions-hurtubise-en-librairie-des-le-28-janvier/#.VvkkBNLhDvY

Chantal Brunette
Chantal Brunette

Chantal Brunette avec son livre La fille dans le placard (Libre Expression) dont le tome 2 sortira à l’automne. Une chick-lit différente et accrocheuse.

C’est votre premier roman. Qu’est-ce qui vous a motivé à vous lancer dans l’écriture d’un roman?« C’est vraiment un concours de circonstances. J’ai commencé à écrire dans le début vingtaine, dans des journaux de bord de voyages que je faisais. Mais jamais dans le but d’un jour en faire un livre. Puis, un moment donné, je lisais de la chick lit, j’aime bien ça. Et je me disais qu’il n’y avait aucun de ces livres où le personnage principal se questionne sur son orientation ou qui soit lesbienne. Même si la chick lit hétéro me rejoint quand même lorsque j’en lis, puisqu’une relation que ce soit avec gars-fille ou autre, c’est la même chose. Mais j’ai quand même décidé d’écrire le genre de littérature que j’aimerais lire moi-même. Cela a pris des années, mais je l’ai enfin publié.  »

Jusqu’à quel point votre personnage principal est votre alter-égo ou non?  « C’est sûr que ce serait de mentir de dire que ce personnage ne me ressemble pas. Quand on écrit un premier roman, on part d’expériences personnelles et de ce qu’on connaît. On fait de l’autofiction. Et donc, oui, le personnage principal est inspiré de moi, sans être ma biographie. Et j’ai aussi été inspiré par les gens autour de moi. J’observe beaucoup et je prends des notes, alors des fois ce sont des anecdotes que j’ai vues ou entendues qui deviennent des bouts de mon histoire. »

Est-ce qu’au départ vous saviez que vous alliez écrire deux tomes? « Non, ce n’était pas prévu. C’est la maison d’édition qui m’a demandé si je pouvais en écrire un deuxième. J’avais une idée en tête, mais ce n’était pas entamé avant qu’ils arrivent avec cette demande. Et là, mon deuxième est pas mal écrit. Je suis en processus d’édition. Et à savoir si le deuxième tome sera le dernier, cela reste à voir. On n’a pas encore décidé de la fin du deuxième. Mais s’il y a un troisième tome, j’ai déjà une idée en tête aussi.»

Est-ce que vous avez reçu des commentaires de gens face au coming out, au questionnement sur l’identité sexuelle? «Oui c’est très positif. J’ai une enseignante qui m’a dit vouloir utiliser entre autres mon livre pour son projet en classe pour parler de LGBT. Aussi j’ai même des personnes hétéros qui me disent que bien qu’ils ne se questionnent pas sur leur orientation, ils se sont retrouvés dans ton roman. Une relation c’est une relation. Donc, c’est un roman pour tous, avec une belle autodérision, pour dédramatiser cette situation-là. Donc ce n’est pas un livre sur le coming out du tout. »

Voici le lien vers mon appréciation de son roman : http://info-culture.biz/2016/02/21/la-fille-dans-le-placard-tome-1-de-chantal-brunette/#.VvkiPdLhDvY

Érika Soucy
Érika Soucy

Érika Soucy parle de son expérience au chantier de la Romaine dans le livre Les murailles (VLB éditeur) et des gars de chantier, tels son père, son frère, ses oncles.

En novembre 2011, vous vous êtes rendue au chantier de La Romaine pour y faire de l’observation en vue de l’écriture de votre second recueil de poésie.  Et c’est lors de ce séjour que vous avez tenu un journal de bord qui est devenu la source de création de ce roman. Alors, qu’est-ce qui est la réalité (la portion documentaire) et qu’est-ce qui est la fiction dans ce roman? « En fait, je n’aime pas trop détailler ce qui est fiction et ce qui est documentaire, parce que je pense que ça peut briser un peu le plaisir du lecteur. Après mon voyage, j’ai fait un groupe de discussion avec des travailleurs qui font du fly-in fly-out. Et toutes leurs anecdotes, je les ai pris en note aussi. Par la suite, j’ai construit la trame narrative de mon livre, autour de la relation père-fille. Et donc, pour cette relation que j’ai avec mon père, je ne me sentais pas à l’aise d’aller dans la fiction. Alors cette relation elle est vraie. Elle est faite d’espoir, de déceptions et de vivre ensuite avec tout ça. Pour le reste, les anecdotes, les moments que j’ai observé, je les ai placés dans mon histoire, à divers moments, en les changeant un peu. Par exemple, mon frère est allé à la Romaine. Il m’a raconté des choses. Mais quand j’y suis allée, il n’y était pas. Sauf que je l’ai quand même mis dans le roman. Donc, c’est basé sur des faits réels, car c’était important pour moi de ne pas dénaturer la réalité des gars de chantier.» 

Comme cela parle de votre famille dans ce livre, quelle a été la réaction de ceux-ci, suite à la parution du livre ? «Pour mon père, il était très conscient que si je voulais écrire sur lui, je n’aurais pas pu le faire autrement que de cette façon. Il est très à l’aise avec ce que j’ai écrit. C’est un hommage doux amer que je lui ai fait. Mais lui en est très fier, alors cela m’a vraiment touché. »

Vous avez également décidé d’écrire en utilisant le langage parlé sur la Côte-Nord. Pourquoi? «J’ai écrit ce livre, je m’adressais aux gens de qui je me suis inspiré et j’ai envie que ces gens-là lisent le livre. Pour parler de leur réalité, c’était une évidence pour moi d’utiliser la langue qu’ils parlent et c’est aussi mienne. Et cela m’est venu très facilement et même mieux que dans le français normatif. »

Vous avez étudié en théâtre et vous avez également déjà écrit une pièce de théâtre, Domino. Pensez-vous que votre livre pourrait être adapté et présenté comme pièce de théâtre? Lui donner une deuxième vie en quelque sorte? « J’ai un désir de sortir le texte du livre. Sans en faire une pièce de théâtre moi-même, j’aimerais en faire un spectacle littéraire peut-être. Car monter une pièce, c’est beaucoup de travail et ça fait longtemps que je n’en ai pas fait. Mais je suis ouverte si quelqu’un veut le monter en pièce de théâtre. Mais, si c’est moi qui en fais un spectacle littéraire, cela pourrait être une lecture du texte, avec des projections, un enrobage sonore. Inviter le public à partir avec moi, sur cette route de la Côte-Nord,  à la Romaine. »

Ce livre était votre premier roman, car vous avez surtout touché à la poésie auparavant. Qu’est-ce que vous préférez écrire comme style après avoir touché aux deux? « La poésie est définitivement mes bonnes vieilles pantoufles. Mais j’ai adoré l’expérience du roman et je vais en écrire à nouveau. J’ai déjà d’autres idées sur la forme longue littéraire. La poésie (forme courte) ce sont des flashs qui me viennent, c’est très émotions brutes et ça me vient très naturellement. Alors que le réflexe n’est pas le même du tout dans le roman.»

Voici le lien vers mon appréciation de son roman : http://info-culture.biz/2016/02/23/les-murailles-de-erika-soucy-lancement-ce-mercredi-24-fevrier-17h-a-la-maison-de-la-litterature-a-quebec/#.Vvk2bNLhDvY

Voici le lien vers mon article précédent qui parle des livres que j’ai bien aimées dans la dernière année, des auteurs présents au Salon du livre de Québec 2016 : http://info-culture.biz/2016/04/12/salon-international-du-livre-de-quebec/#.VxDaGNThDvY

Et mes entrevues avec divers auteurs au Salon du livre :

http://info-culture.biz/2016/04/15/entrevues-au-silq-edition-2016-essais/#.VxGuj9J_Oko

http://info-culture.biz/2016/04/15/entrevues-au-silq-edition-2016/#.VxGqBdJ_Oko

http://info-culture.biz/2016/04/15/entrevues-au-silq-edition-2016-louise-portal/#.VxGy0NJ_Oko

http://info-culture.biz/2016/04/17/entrevues-au-silq-edition-2016-auteurs-chevronnes/#.VxQsitThDvY

Pour la galerie de photos du Salon :

https://www.flickr.com/photos/infoculturephotos/albums/72157667078137651

Bon salon à tous et bonne lecture !

http://www.silq.ca/

 

Crédit photos : Réjeanne Bouchard