Fuck toute, une hyperbole poético-trash qui fait du bien!

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Fuck toute
Fuck toute

Fuck toute, un leitmotiv scandé lors d’une grogne populaire des citoyens québécois en mars 2015. Fuck toute, un groupe de musique du Québec qui varge sur ses guitares à grands coups de riffs méchants. Mais aussi, Fuck toute, une pièce de théâtre présentée sur la scène de Premier Acte de Québec du 24 novembre au 3 décembre 2016. À la suite de l’insoutenable succès du spectacle mené par Catherine Dorion et Mathieu Campagna, des supplémentaires ont même été ajoutées le 3 décembre, à 15 h et le 4 décembre, à 20 h.

Les simplistes beaucoup trop perspicaces diront euphémiquement que Fuck toute est une critique de la société d’aujourd’hui et faussement qu’elle présente une vision négative, noire, pessimiste de la réalité. Alors qu’en vrai, Catherine Dorion et Mathieu Campagna nous proposent de faire une pause, de farfouiller dans le vide qui nous habite, farci d’images futiles, de bruits qui corrompent et de moments inutiles. Faire une pause et repartir le compteur à zéro, en prenant conscience de qui on est et de ce qu’on veut. Vraiment. Sans écran. Sans lumière. Un remède salutaire individuel à la nécrose endémique des Hommes, hypnotisés par les stimuli superficiels qui les font dévier d’eux-mêmes. Rien de négatif là-dedans. Fuck toute rassemble des textes rapiécés de la blogosphère, de l’actualité télévisuelle et de la vraie vie et expose en une longue plaidoirie poétique et hétérogène la preuve irréfutable que le peuple se tarit de silences démobilisés.

Bonne St-Jean!
Bonne St-Jean!

Fuck toute, présentée presque complètement dans le noir, est une expérience sensorielle troublante mais aussi revigorante. Étonnamment, pour une pièce de théâtre – qui n’en est pas vraiment une – l’ouïe et l’odorat sont interpelés. Les effets sonores et olfactifs, quasi-personnages, donne une dimension intéressante et participative au public. Aveugles et assis par terre sur des coussins, les spectateurs font leur propre mise en scène selon ce qu’ils entendent ou sentent, selon ce qu’ils vivent. Ils sont aussi amenés à participer, à prendre la parole, au début et à la fin du spectacle pour renouer avec le vrai sens du mot « peuple » et pour redéfinir notre implication personnelle. Dans Fuck toute, tout y passe : la conformité, la prédominance de la performance en dépit de l’humain, la recherche du bonheur absolu, la recrudescence de la maladie mentale, la paresse intellectuelle, le pouvoir des technocrates, etc. Sur un fond de nostalgie réactionnaire, les artistes un peu crinqués nous rappellent la St-jean d’avant, lorsque les fêtards pouvaient boire et célébrer dans les rues de Québec et aussi, le Printemps Érable qui a fait voir une infime lumière d’espoir à l’inertie de chaque individu devant l’absurdité.

Fuck toute, c’est des textes qui punchent sans tomber dans la vulgarité gratuite et le discours agressif inutile. C’est une façon différente de voir les choses, en fait, c’est de ne pas les voir.

Crédit photos : Cath Langlois photographe

Premier acte