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Le 4 mars 2010

«Encore une fois, Martin Genest réinvente l’expérience théâtrale pour le public! 
Un plongeon vertigineux dans notre souvenir collectif de la crise d’octobre!
  »


 

Depuis le 2 mars, le Théâtre Périscope, dans sa série hors cadre, diffuse à la Caserne Dalhousie une adaptation d’Octobre de Pierre Falardeau, une pièce du Théâtre Blanc qui relate un moment inoubliable dans l’histoire du Québec. La pièce débute le 9 octobre 1970 lorsque quatre militants du Front de libération du Québec décident d’aller kidnapper le ministre du Travail et de l’Immigration, Monsieur Pierre Laporte. Une semaine plus tard, la police retrouve le corps du ministre dans le coffre arrière de l’automobile qui a servi à l’enlèvement. Que s’est-il passé exactement pendant cette semaine? Pourquoi? Heure après heure, jour après jour, on suit de l’intérieur la vie de cinq hommes coincés pendant sept jours dans la maison de la rue Armstrong à Longueuil.

Encore une fois, Martin Genest, qui a adapté et mis en scène cette pièce, propose aux spectateurs d’entrer en contact direct avec ce qui se passe sur scène, comme il l’a fait en 2005 avec Festen, où le public prenait place à table avec les acteurs. Cette fois-ci, toujours pour permettre la communion entre le spectateur et l’acteur et offrir au public la sensation de faire partie intégrante de l’action qui se déroule, le scénographe Jean Hazel (et directeur artistique du Théâtre Blanc) et le metteur en scène ont con çu à la Caserne Dalhousie une structure de trois niveaux d’estrades à des hauteurs de 2 mètres, 3,5 mètres et 5,5 mètres, avec une vue en plongée, où les spectateurs sont assis (ou debout s’ils le veulent) tout autour de la scène, surplombant l’action. À chacun de ces niveaux, il y a une façon différente de voir la pièce. Assise moi-même au deuxième étage, j’ai eu l’impression d’être installée au grenier en train d’épier ce qui se passait plus bas. Le public devient rapidement juge de la situation, en étant témoin de ce huis clos percutant qui se déroule sous ses yeux. Chacun peut alors se demander comment il réagirait à leurs places.  

 




Les estrades pour le public.

 

De plus, le fait de regarder de haut, le public n’a pas accès régulièrement aux visages des acteurs. Il s’agit donc pour les interprètes d’un défi supplémentaire de jouer avec un public qui ne les voit pas sous un même angle. Ces acteurs, qui demeurent tous sur scène durant presque la totalité de la pièce, réussissent à merveille à nous décharger leurs émotions, par leurs gestuelles et leurs intonations. Nous assistons à leurs déchirements, leurs espoirs, leurs convictions qui sont mis à rudes épreuves. On perçoit leurs doutes, leurs entêtements à poursuivre leur mandat et surtout leur panique et l’angoisse qui s’emparent d’eux à mesure que la situation tourne à leur désavantage. Vincent Champoux dans le rôle de Pierre Laporte démontre son immense talent d’acteur, avec peu de mots, laissant son corps parler pour lui. Tandis que Lucien Ratio qui interprète Bernard Lortie révèle peu à peu sa sensibilité face à la victime et son doute face au projet avec une grande aisance. Éric Leblanc, Louis-Olivier Mauffette et Renaud Paradis laissent paraître eux aussi une grande maîtrise de leur jeu.

Au niveau sonore, il y a la radio qui cohabite avec les 5 hommes, en trame de fond et parfois plus forts, pour relater constamment l’avancement des évènements et des discussions. À l’occasion, quelques sons retentissants viennent s’ajouter aux moments de paniques et de stress. Tout ceci permet aux spectateurs de demeurer au cœur du vertige de ces cinq personnages.

Les arts visuels également sont mis à contribution pour renforcer l’environnement scénique. À plusieurs reprises, des images sont projetées sur le plancher afin de renforcer une situation. Par exemple, il y a deux moments qui se passent à l’extérieur de la maison, et l’on représente de façon prodigieuse une station de métro, puis une promenade en auto. Ces situations sont, à mon avis, mieux appréciées par ceux assis au deuxième ou troisième étage. Également, d’autres images apparaissent pour créer des instants surréalistes ayant pour but d’augmenter l’effet de panique ou de rêverie. Il y a similairement la collaboration d’un éclairage qui illumine les pièces de la maison juste assez pour donner une impression de lourdeur, d’attente, de suspense.

 



Un avant-goût du jeu des arts visuels

 

En bref, on peut dire que Martin Genest réinvente l’expérience théâtrale pour le public! Un plongeon vertigineux dans notre souvenir collectif de la crise d’Octobre ! 

Pièce présentée jusqu’au 20 mars  à la Caserne Dalhousie (Ex Machina) 103, rue Dalhousie du mardi au samedi à 20 h

Billetterie pour les représentations Public général : 418-529-2183
(Théâtre Périscope, agent de vente du spectacle) et tout point de vente du réseau Billetech à Québec
Groupes : Luc Gosselin, 418-522-2250 ou courrier@theatreblanc.qc.ca

texte adaptation théâtrale de Martin Genest du film Octobre de Pierre Falardeau 
mise en scène Martin Genest 
interprétation 
Vincent Champoux (Pierre Laporte), Éric Leblanc (Jacques Larose), Louis-Olivier Mauffette (Paul Larose),Renaud Paradis (Francis Simard), Lucien Ratio (Bernard Lortie) 
scénographie Jean Hazel 
environnement sonore Stéphane Caron 
costumes Huguette Lauzé 
photo Martin Leclerc

Collaboration à la dramaturgie Mira Cliche
Assistance à la mise en scène
Caroline Martin et Jean Bélanger
Direction de production François Leclerc
Régie Adèle Saint-Amand

www.theatreblanc.qc.ca
http://www.theatreperiscope.qc.ca/

http://lacaserne.net/index2.php/lacaserne/intro/

 

 

Crédit photos : Benoit Roy

 

 


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