Y’en aura pas de facile entrevues et appréciation du film

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J’ai vu, en grande première sur invitation de presse, le film Y’en aura pas de facile. Deuxième film pour Marc-André Lavoie comme scénariste, réalisateur, producteur et monteur pour ne nommer que ceux-là, qui récidive avec un budget minime et une distribution du tonnerre dont certains avaient déjà joué dans son premier film Bluff. Un film sans prétention, avec 5 histoires qui s’entrecroisent et s’entremêlent un peu comme son succès précédent. Je vous en donne mon appréciation plus détaillée à la fin de cet article.
 
Entrevues :
J’ai rencontré, au Château Bonne Entente à Sainte-Foy, les comédiens Pierre-Luc Brilland et Nicolas Canuel et Éve Duranceau ainsi que la productrice Esther Long et l’homme à tout faire Marc-André Lavoie.
 
 
Questions pour Ève Duranceau : Est-ce que c’était votre première collaboration sur un film de Marc-André Lavoie?
Ève : « Non, car j’avais joué un tout petit rôle dans Bluff. Je faisais la copine de Simon-Olivier Fecteau, et j’arrivais juste à la fin du film pour constater les dégâts. J’avais eu beaucoup de plaisir à travailler avec Marc-André et Simon-Olivier à ce moment-là. »
 
Question : Pourquoi avoir dit oui à ce nouveau projet de Marc-André?
Ève : « Je sais que j’aime l’humour de Marc-André, le côté absurde, pathétique de ses personnages ou des situations qui leur arrivent. Je savais que j’aimerais cela. C’est un gars aussi qui a de l’énergie. Des fois, on n’a pas besoin de lire le scénario, car on sait que c’est un créateur qui nous plait et qu’on a envie d’embarquer dans son aventure. C’était difficile d’avoir une vision d’ensemble du film parce qu’on ne connaissait vraiment que notre histoire. C’est un peu comme des courts-métrages assemblés. Mais de jouer la copine d’Emmanuel Bilodeau dans une situation un peu absurde comme cela et de panique avec de gros enjeux… c’est intense de jouer cela, alors cela me plaisait. »
 
Question : Dites-moi, selon vous, pourquoi les gens devraient aller voir ce film?
Ève : « D’abord pour l’humour. Ce que j’aime comme humour quand c’est fait habilement. C’est qu’on y retrouve énormément d’humanité et on met un miroir dans la face des gens. On dit souvent que la réalité dépasse la fiction. Et souvent, en humour, c’est tellement gros qu’on a de la difficulté à penser que cela pourrait nous arriver dans la vraie vie. Dans le cas de Marc-André, il prend une réalité très ordinaire, puis il amène de gros évènements à des personnages bien réels, à qui on peut s’identifier. Cela nous permet une auto-dérision sur nous-mêmes, sur les gens qui nous entourent ou même un regard critique sur certaines situations. C’est complexe comme style d’humour. Donc si vous voulez vous divertir, mais également rire de bon cœur tout en étant touché, car il y vraiment des moments touchants, vous serez bien servis. »
 
Questions pour Nicolas Canuel : Vous avez plusieurs scènes où vous êtes seul (au téléphone ou avec la caméra vidéo). Est-ce plus difficile de faire des scènes seul, versus avec un compagnon de jeu. :
Nicolas : «Pour faire un retour à mes débuts, dans Bibi et Geneviève, j’ai joué pendant 8 ans avec une marionnette alors… (Blagues). En fait, c’est sûr que lorsqu’on a un bon acteur en face de nous, cela nous fait évoluer, nous rend meilleur. Et on a de belles surprises en jouant avec de bons acteurs, parce qu’on peut avoir répété d’une façon, mais à répondre à des répliques dans le feu de l’action cela peut nous amener ailleurs et rendre la scène meilleure. J’ai déjà eu des surprises magnifiques de jeu. Quand on est seul, on place plus nos pions. On établit plus nos paramètres dès le départ. Même si cela peut arriver aussi d’avoir des surprises. Moi, jouer seul, de courtes scènes comme cela, je trouve ça sympathique. Le cinéma j’adore cela, peut importe comment c’est fait, dans la mesure où c’est bien fait. Faire des scènes seul, je n’ai pas de problèmes avec ça. Marc-André et moi, on a bien rigolé à faire cela.»
 
Question : Vous avez donc travaillé avec Marc-André sur ses deux films. Comment est-ce différent de travailler avec un gars comme lui qui porte tous les chapeaux : Scénariste, réalisateur, producteur, monteur…? :
Nicolas : «Je connais Marc-André depuis longtemps, avant de tourner avec lui. On s’est connu par l’intermédiaire de nos copines respectives de l’époque. Donc c’est un avantage, car c’est un copain. Il choisit ses acteurs, il nous fait confiance et surtout, il est capable de lire ses acteurs, de comprendre où est-ce qu’ils s’en vont, et de les faire cheminer vers la même place, de rendre tout cela homogène. Il a une très bonne lecture des acteurs, il sait ce qu’il veut, et où il veut aller. Il connait bien ses personnages qu’il a écrits, leurs interactions ensemble. C’est facile, on ne jase pas longtemps et c’est clair
 
Question : S’il y a des gens qui hésitent encore à aller voir le film, vous leur dites quoi pour les tenter?
Nicolas : « Il n’y a aucune personne qui devrait hésiter à voir ce film-là. De un, il y a plein de beau monde dedans. C’est drôle, c’est une très belle comédie sans vulgarité. Et ça, c’est vraiment le fun. L’humour se passe plus dans l’intellect et dans l’absurdité des situations et cela est très agréable. C’est un angle très intéressant. Je pense que tout le monde va y trouver son compte parce qu’il y a plusieurs histoires loufoques qui s’entrecroisent. En fait, tous ceux qui n’iront pas vont le regretter.»
 
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Questions pour Pierre-Luc Brillant : Parlez-moi un peu de votre personnage de Lucien, on le connait peu à l’écran. Que saviez-vous de votre personnage :
Pierre-Luc : « Je n’en connais pas grand-chose non plus. Quand on a commencé à tourner, c’était la première histoire et on avait environ 3 jours de tournage par comédien et les histoires étaient tournées en bloc. Comme j’ai juste lu ma partie pour le tournage, je n’ai même pas lu le scénario au complet, donc je ne sais même pas comment le film est monté au final. Je n’ai rien vu du tout. Donc pour mon personnage, ce n’était pas nécessaire de connaitre toute la psychologie profonde de celui-ci. C’est un bon gars qui aime la sincérité. Ce que j’ai aimé dans la tournure de notre histoire c’est comme présenté à l’envers. C’est-à-dire qu’on aurait tendance à penser que le gars serait content quand la fille se démasque. Mais le fait qu’il soit offusqué de la chose et qu’il se rend compte qu’effectivement la fille est peut-être plus superficielle que ce qui pensait. Je trouvais cela intéressant. »
 
Question : Et travailler avec Mahée c’est comment?
Pierre-Luc : « Cela a super bien été. C’est une fille d’une simplicité désarmante et très drôle. Elle ne se prend pas pour une autre du tout. On a eu la même complicité qui a dû transparaitre à l’écran. De toute façon, c’est nécessaire que ce soit vrai, sinon le public le sent quand les comédiens ne s’aiment pas trop. Surtout pour jouer l’attirance. »
  
Question : Tu joues aussi de la musique. Tu mènes deux carrières de front en fait. Si tu devais choisir, un seul de ces deux métiers lequel privilégierais-tu?
Pierre-Luc : « C’est sûr il y a une des deux carrières qui est plus payante que l’autre. C’est une question difficile, car le jeu me permet de gagner ma vie. Pour la musique, au Québec c’est très difficile à moins de vendre cent mille albums. La musique évidemment est un métier que j’ai beaucoup plus étudié que le jeu. Je n’ai pas étudié en jeu. La musique me permet plus d’exprimer une créativité. Les acteurs dans le fond, on nous engage beaucoup pour ce qu’on dégage de prime à bord. Donc on n’est pas vraiment responsable sur ce qui se passe. Mais aussi, le métier de comédien permet de sortir du quotidien, d’imaginer ce qu’on serait si on était la personne qu’on joue… C’est sûr que certains personnages laissent place à la création, comme celui que je faisais dans Crazy, est beaucoup plus élaboré au niveau de la composition qu’un personnage comme dans ce film-ci… Donc, ce serait un choix difficile, mais pour la liberté de création, j’opterais pour la musique… Mais ce n’est pas coulé dans le béton (rires!).»
 
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Questions pour Esther Long, productrice et aussi conjointe de Marc-André Lavoie. Étiez-vous un couple avant de travailler ensemble ou vice et versa ? :
«Marc-André et moi, on s’est rencontré dans des soirées 5 à 7 il y a plusieurs années. Il me parlait qu’il voulait faire des films, il avait sa compagnie à l’époque qu’il a fondée en 2002, Orange Médias. Il était en publicité aussi, il avait fait des courts-métrages, mais il voulait aussi faire des longs métrages. On s’est recroisé quelques années plus tard. Je me cherchais un emploi dans le domaine et finalement, il y avait des postes qui se libéraient dans sa compagnie. J’ai donc commencé à travailler là, en charge des productions publicitaires, en tant que productrice, comme l’Oréale, Molson Ex, et Bluff s’est passé en même temps que la pub. Ce fut des années très occupées, 2006, 2007. Pour Bluff, on a commencé à tourner au mois de juillet 2006, par petits blocs, de cinq jours. On a travaillé donc 9 mois ensemble comme employé/patron. On s’entendait tellement bien depuis le début. Pour moi, c’était mon meilleur ami. Mais de fil en aiguille, à force d’être toujours ensemble, l’amour s’est établi et on est ensemble depuis maintenant 3 ans et on conjugue bien cette vie-là. C’est tellement une job prenante qu’on amène cela à la maison. Alors, c’est bien qu’on soit un couple dans la vie… Pour nous, ce film c’est comme notre bébé, et on vit l’accouchement aujourd’hui, avec la présentation devant au public. Quand cela fait un an et demi que tu parles et travailles sur ce film, c’est l’aboutissement… C’est sûr que tout le long du film il y a eu beaucoup de pression. C’est difficile il faut toujours surveiller les sous, pour ne pas dépasser le budget. En parallèle de faire le film, on cogne aux portes des institutions pour avoir des subventions. Ce n’est que tout récemment que Téléfilm Canada nous a accordé une subvention. On vient aussi de se faire accepter à la Sodec comme boite de production, mais on n’a pas reçu de sous d’eux pour ce film. Tu peux soit déposer au programme indépendant, ou au programme régulier. Au programme régulier, il faut que tu aies fait des films, au moins des courts-métrages financés dans le secteur indépendant, ou des longs-métrages. Alors de nous reconnaitre comme boite de production, de se faire accréditer comme producteur régulier, c’est déjà un pas, même si on n’a pas eu d’argent. Au moins, la porte est ouverte. La prochaine étape sera de se faire financer. Pour Téléfilm Canada, ils nous ont ouvert la porte en postproduction. Ce fut vraiment un grand soulagement. On avait déjà eu deux refus à la Sodec, alors on était peu confiant d’avoir une réponse positive de Téléfilm Canada. On était à l’épicerie un samedi matin. On avait reçu la réponse à 5 h 30 le soir le vendredi, mais comme j’avais quitté les bureaux à 5 h 15, je ne le savais pas. Un ami producteur nous appelle pour nous dire qu’il avait eu sa réponse, alors on va chercher l’ordi. On est dans le panier d’épicerie et on tente de lire nos courriels. On est 99 % certain de ne pas l’avoir. Un moment donné, on n’avait plus d’attente. Mais on dirait que le moment où on a lâché prise c’était là que ça arrive. On s’est sauté des bras, on braillait, dans les allées de l’épicerie. C’était le plus beau moment de ma vie. Enfin, mon chum a vraiment senti qu’on l’appuyait. C’est cela qu’il avait besoin.»
 
 
Question : Quand on est limité dans le budget, comme dans ce cas-ci, avec seulement 350,000 $ on coupe dans quoi, à part le cachet des comédiens qui acceptent?
Esther : « C’est sûr, le gros du budget d’un film c’est de tourner en 35 mm. Avec une caméra en 35 mm t’as besoin de 2 assistants caméraman. Tu as la pellicule, le développement de la pellicule, toute la numérisation la coloration, ce sont toutes des étapes très coûteuses. Tu dois le faire dans des entreprises spécifiques qui font cela. C’est une grosse partie du budget. Donc nous, en travaillant avec du numérique, des Kodack à 3000 $, oui, on fait de la post-prod chez Vision Globale pour gonfler en 35 mm, faire de la correction de couleur en fin de processus, mais sur le tournage, on a plus de latitude. On peut faire plus de prises. Mais aussi, à l’étape du scénario on regarde beaucoup Marc-André et moi, où on peut couper. Par exemple, la scène avec Nicolas qui appelle Emmnanuel, au départ cela se passait dans une cabine téléphonique. Tourner dans une cabine, il faut trouver une location, louer l’endroit, bloquer la rue, avoir un permis pour la rue, avoir une roulotte dehors pour le maquillage et tout. Cela devient une shot qui gruge trop le budget. On a reficelé tout cela. Alors, on a fait cela dans la cave de Marc-André, aménagé en bunker. Le changement de décor n’enlève rien au scénario et on coupe dans le budget… Donc au scénario on s’autocensure. Et quand il écrit son scénario, il ne pense pas à des scènes d’explosion par exemple, il sait que ce ne sera pas possible. Mais il aimerait bien un jour faire des films dans d’autres créneaux. Aussi, on laisse faire le moniteur externe, on prend juste le moniteur 2 pouces par 3 pouces. Et il y a beaucoup de gens qui prennent des cachets beaucoup moindres, pas seulement les comédiens. Pour la musique, les compositeurs, ils étaient deux à faire de la musique et ils savaient qu’ils avaient peu d’argent, juste la base, pour payer les musiciens et leur salaire. Avoir eu plus de budgets, ils auraient pu avoir plus de musiciens et de temps. Mais ils étaient deux à faire toute la musique pendant des nuits blanches. C’est un des meilleurs compositeurs au Québec qui a travaillé sur cela Frédéric Bégin des studios Appolo. Avec la subvention de Téléfilm, on en redonne à ceux qu’on peut. »
 
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Questions pour Marc-André Lavoie : Dans tes films (Bluff et celui-ci), tu nous crées de petites histoires et en quelques minutes seulement, tu nous donnes le goût de savoir ce qui va leur arriver à ces personnages.
Marc-André : « Tu viens de toucher la corde la plus sensible de tout ce que je fais dans la vie. Tu es la première à le dire aussi clairement. Tu sais, j’étais à l’école, je n’avais pas été accepté en cinéma à l’UQAM, je suis donc allé en communication politique/journalisme. Et mon professeur Jean-Pierre Masse, qui voyait que j’avais le goût de faire du cinéma, et il était convaincu que je pouvais faire des films. Il disait que j’avais le portail de ce qui s’apprend. Et un jour, il y a une fille qui a écrit au Doctorat un livre qui s’appelle Le refus de l’intrigue québécois. Mon prof avait une copie pour Denis Villeneuve, André Turpin et Denis Arcand, je crois. Il m’a alors donné une copie d’un livre pour que je le lise. Cette fille avait résumé ce que les gens au Québec avaient tendance à ne pas vouloir faire. En gros cela disait qu’au Québec on a un problème avec l’intrigue. Elle expliquait que l’intrigue ce n’est pas juste des bombes, des explosions et des monstres. L’intrigue c’est la rencontre de deux personnes où l’un est mystérieux et l’autre essaie d’y comprendre quelque chose. Alors souvent, il y a des films (que j’aime bien d’ailleurs) où il y a des personnages, de l’intériorisation, des réflexions. Mais,est-ce possible de faire des films d’auteur où il a aussi de l’intrigue, où il n’y a pas nécessairement beaucoup d’action, mais tu veux savoir ce qui va arriver. Eh oui, c’est donc cela qui m’est toujours resté en tête par après quand est venu le temps de faire du cinéma. Qu’est-ce qui fait qu’en l’espace de 10 minutes on présente des personnages, on les campe rapidement, car j’ai 5 fois moins de temps qu’un film normal. Et je déclenche des intrigues sans tomber dans un film d’action ou de science-fiction. Et qu’après ce 10-12 minutes on accroche à l’appât. Et sans être un grand film, on veut savoir ce qui va arriver. Alors, mes films ont du rythme, car je veux que cela avance. »
 
Question : Dans ce deuxième film, vous reprenez le rôle de Chuck (joué par Nicolas Canuel) de votre film Bluff. Pourquoi le ramenez-vous dans ce film?
Marc-André : « J’ai pris le personnage d’un voleur, car c’est quelqu’un d’un peu loin de nous, de marginal de la société. Je trouvais que ce personnage de Chuck était attachant, dans le sens que oui c’est un voleur, mais il n’a  pas choisi d’être voleur. Il n’y a personne qui se lève un matin et décide de prendre le métier de voleur. Tu le deviens par la force des choses. La vie fait en sorte que tu as pris des décisions qui t’ont amené sur un chemin où il est difficile ensuite de faire marche arrière. Dans le film Bluff, Marc dit à Chuck, tu es encore jeune, tu peux faire quelque chose de ta vie, fais autre chose, changes de métier. Mais à la fin du film, je laissais aller Chuck et il persistait un doute à savoir s’il était pour continuer d’être un voleur ou non. Alors, je me devais de finir cette histoire. Et c’est pour cela que je l’ai ramené dans l’histoire du billet de loterie.»
 
Question : Justement, où vas-tu chercher toutes ces histoires?
Marc-André « Je fais la même chose que Rémy Girard fait dans le film, je ramasse ma vie. Presque tout ce qui se passe dans Bluff et dans Y’en aura pas de facile m’est arrivé ou est inspiré de quelque chose dans ma vie. C’est sûr qu’il n’y a rien d’identique, mais c’est inspiré de. Par exemple, l’histoire du petit Samuel, les souliers, je l’ai vécu. Ma mère était extrêmement pauvre quand j’étais jeune et elle était divorcée. Un jour, elle arrive du magasin de souliers où elle travaillait, avec des petits souliers en tissu, on aurait dit pour filles. Naturellement je ne voulais pas les mettre pour aller à l’école… Donc j’ai vu ma mère tricoter avec le budget toute sa vie, et elle faisait des miracles. Alors moi aussi je tricote le budget de mes films, j’apprends à me trouver des solutions. »
  
Question : Dans ce film, comme dans Bluff, tu portes tous les chapeaux. Producteur, réalisateur, directeur artistique, scénariste, monteur… Si tu avais le choix d’en faire un seul, lequel préfèrerais-tu?
Marc-André : « Honnêtement, si je suis quelque chose dans la vie, c’est scénariste. Je suis un réalisateur qui est capable de réaliser mes films parce que présentement, je suis la personne idéale avec le budget restreint. Cela dit, pour moi l’écriture est extrêmement importante. J’en ai écrit 5 à date dans ma vie, des films et il faut qu’au minimum que ça marche sur papier. Car dans chaque film, j’ai 5 histoires à raccrocher et il faut qu’on puisse embarquer facilement dedans, avec un certain rythme. C’est sûr que j’ai le goût de tourner 32 jours de suite, pour voir si je suis capable de le faire, mais je n’ai pas les sous pour le faire. Le cinéma cela s’apprend en le faisant et s’il faut attendre d’avoir les sous pour tourner, on va tourner aux 7 ans. Et on ne peut pas se permettre de faire un film aux 7 ans.»
 
 
Pour la galerie de photos lors des entrevues : http://espace.canoe.ca/breton2010/album/view/843652
 
Synopsis
Lorsque vous rencontrez Réjean (Rémy Girard) il est impossible de séparer le monde réel de son imaginaire. Biographe de métier, son rôle est d’embellir la vie de ses clients. Très bientôt, Réjean sera confronté au même problème sur le site de rencontre en ligne Réseau Contact. Il doit faire parvenir une vidéo qui parle de lui, de sa vie. Bref, d’être vendeur. Hésitant, il commence à raconter sa vie à la caméra. Tant bien que mal, il essaye désespérément de reconstruire sa vie telle qu’il s’en souvient. Malheureusement, sa profession déteint sur sa propre histoire. Pris au jeu, il choisira la facilité en se cachant derrière sa technique, pour faire de sa vie une aventure rocambolesque digne d’un auteur à succès. Une histoire à la fois drôle et poignante remplie d’intrigues où le spectateur tentera de discerner le vrai du faux. Y’en aura pas de facile.
 
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Mon appréciation du film
On peut dire que ce film porte bien son nom. Tout d’abord, ce film a eu très peu de budgets pour sa réalisation et a engendré bien de la gymnastique de la part de ses créateurs, sans toutefois en faire souffrir le scénario pour autant. Ensuite, les situations qui arrivent aux divers personnages ne sont pas de tout repos, comme un homme qui tente de récupérer son billet de loto gagnant qu’il s’est fait voler ou un homme d’affaires qui a mis lui-même sa tête à prix, puis change d’idée et doit faire entendre raison à son tueur. Mais aussi, le public dans la salle doit apprivoiser une panoplie de personnages, en démêler les histoires et surtout en distinguer le vrai du faux. Personnellement, je vous suggère cher public de porter attention au film dès les premières images. Car je peux vous garantir qu’à la sortie de la salle, vous vous demanderez bien ce qu’est la véritable histoire de Réjean et ce qui ne l’est pas. On a l’impression de voir une biographie non autorisée et on tente de percer la vérité à travers ces situations et ces personnages dont les noms ont été changés. C’est du moins la réaction que j’ai eue à la fin du film. J’aurais voulu le revoir pour mieux tenter de cerner le tout. Un vrai génie de film, tout comme Bluff l’avait été, mais encore mieux fignolé.
 
Naturellement, la brochette de comédiens d’immense talent que comporte ce film y est aussi pour quelque chose dans ce petit bijou de film. Rémy Girard, qui passe la plupart de son temps assis devant la caméra vidéo en robe de chambre, réussit à nous garder en haleine avec ses histoires qu’il nous raconte. On ne doute pas que ce soit sa vie qu’il nous déballe ainsi.
 
 
Claude Legault est un pur délice à voir et à entendre. Son personnage de tueur se sent tellement dépassé par les évènements tandis qu’il tente de faire parler sa victime (Denis Bouchard), que cela le rend pathétique et c’est hilarant.
 
Également, il est intéressant de voir Pierre-Luc Brillant dans le rôle d’un jeune homme qui s’amourache d’une fille plutôt ordinaire. Le duo romantique qu’il forme avec Mahée Paiement est très crédible. C’est un réel plaisir de le voir dans un contre-emploi, un romantique au lieu d’un dur à cuir.
 
C’est la même chose avec Emmanuel Bilodeau et Ève Duranceau. Ils forment un couple dont on sent la complicité, l’amour mutuel, malgré les pépins qui leur arrivent et qui les font agir différemment.
 
Et je pourrais continuer longtemps à parler des performances de tous les comédiens, qui à mon avis, ont tous été à la hauteur de leur rôle et ont bien fait ressortir les dialogues pensés pour eux.
 
 
Marc-André Lavoie réussit merveilleusement à nouveau, comme il avait su le faire avec Bluff avant, à nous créer de courtes histoires où l’on s’accroche rapidement aux personnages et on a le goût de savoir ce qui leur arrive. Il va à l’essentiel de chacun d’eux, ne perd pas de temps pour installer le contexte. On le comprend tout de suite. Puis, chaque intrigue nous tient captifs et intéressés au sort de ces personnages ordinaires au point que l’on pourrait s’y reconnaitre en eux.
 
Cela parait que ce film a été fait avec passion. Avec peu de budget, beaucoup de talent et de générosité des comédiens et un travail acharné de Marc-André Lavoie et son équipe qui croit en lui, on peut dire que ce film est une belle réussite.
 
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Équipe
Producteurs :  Marc-André Lavoie et Esther Long d’Orange Médias
Scénaristes, réalisateur, monteur : Marc-André Lavoie
Co-producteur, monteur : Jean-René Parenteau
Musique originale : Frédéric Bégin, Antoine Binette Mercier (Studio Apollo)
Maquilleuse, coiffeuse : Joanie Lapointe
Distributeur au Canada : Les Films Séville, une filiale de E1 Entertainment et à l’étranger par E1 Entertainment international
 
 
Comédiens
Réjean : Rémy Girard
René : Emmanuel Bilodeau
Marie : Mahée Paiement
Lucien : Pierre-Luc Brillant
Roch : Claude Legault
Philippe : Denis Bouchard
Édouard : Patrice Robitaille
Sophie : Ève Duranceau
Chuck : Nicolas Canuel
Christine : Suzanne Clément
Nicolas : David Boutin
David : Rachid Badouri
Alex : Michel-Olivier Girard
Pit : James Ghazi
Samuel : Hugo St-Onge-Paquin
Jasmine : Kimberly Langevin
Murielle : Brigitte Paquette
  
 
 
 
Les Films Séville
 
 
crédit photos : Lise Breton et Les films Séville
 
 
 
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