La fille invisible

La grosse conne, c’est Flavie, 15-ans-presque-seize. Flavie est une jeune fille à la fois timide et curieuse. Pourtant, elle croit qu’elle est une catastrophe sur deux pattes, un désastre ambulant. Au début de l’été, elle décide donc de se faire un programme pour devenir une nouvelle Flavie : une saine alimentation, aucun dessert et du jogging une heure par jour. C’est le début d’une chute vertigineuse. D’abord, du poids de Flavie, puis de son existence tout entière.

Il est rare que je m’intéresse à des bandes-dessinées, mais cette fois-ci, j’ai été attiré par celle-ci pour plusieurs raisons. D’abord le sujet : l’anorexie traitée sous forme d’une BD, cela a définitivement piqué ma curiosité. Parler d’un sujet aussi sérieux, à travers une BD, c’est tout un défi. Ensuite, la présentation de la page couverture du livre a attiré mon regard, par ses couleurs, et la richesse de texture dans le dessin de la fille qui court, où un dégradé dans la coloration donne l’impression d’un mouvement de course. On sent déjà le désespoir également dans ce visage de cette jeune femme qui court après sa perte de poids. Cette image donne déjà le ton de la gravité du sujet qui sera abordé. Finalement, le fait que cette BD ait gagné, le 15 avril dernier, à l’Observatoire de la Capitale, lors de la 24e remise des prix Bédéis Causa du Festival de la bande dessinée francophone de Québec (FBDFQ),  le prix Réal-Fillion pour l’auteur québécois, scénariste ou dessinateur, s’étant le plus illustré avec son premier album professionnel. Émilie Villeneuve et Julie Rocheleau se sont distinguées pour la qualité d’ensemble de leur album et la sensibilité avec laquelle elles abordent le difficile sujet de l’anorexie. 

Le sujet de l’anorexie est traité sous deux angles, il y a d’abord la journaliste qui fait un reportage et rencontre le Dr. Skinner, à l’hôpital Victoire qui lui parle de son département spécialisé en troubles de comportement alimentaire. C’est avec des mots simples et de façon éducative que ce médecin démystifie cette maladie de l’anorexie et dresse un portrait de ces adolescentes qui tentent d’avoir le contrôle de leur vie, en prenant le contrôle de leur poids. En parallèle à ce qu’il explique, cette BD transporte le lecteur dans la vie de Flavie, cette adolescente qui se sent invisible aux autres et qui va développer ce trouble de comportement alimentaire. L’histoire de cette jeune fille est touchante et il est aussi intéressant de voir comment les gens autour d’elle se rendent compte de sa perte de poids et son isolement, sans savoir vraiment comment l’aider dans tout cela. J’en suis venue à me poser la question, comment je pourrais aider mon adolescente, si elle montrait des signes d’anorexie. Et bien honnêtement, je me suis sentie démunie et la conclusion que j’en tire, est que le meilleur moyen est de faire appel à ces spécialistes dans les centres hospitaliers. 

Je suis agréablement surprise de la tournure des évènements à la fin du volume. Une fin heureuse et inattendue qui m’a fait sourire et me donne espoir que ces jeunes peuvent s’en sortir malgré tout, bien que l’on sait que pour certaines ce n’est pas le cas. 

Au niveau des illustrations, je trouve que le choix d’opter pour des images floues et déformées parfois, contraste bien avec la précision et le réalisme de ce qui est raconté. Aussi, le choix des couleurs jaunâtres, brunâtres et parfois bleutées des ombrages et des décors, renforce l’aspect dramatique et violent de l’anorexie. Il ne faut pas oublier que cette maladie, c’est mourir à petit feu. 

Ce livre devrait à mon avis se retrouver dans les écoles, accessibles à ces adolescentes qui viennent de quitter l’enfance et tentent de se trouver une place dans le monde adulte.  

Le Dr. Jean Wilkins, un des plus grands spécialistes mondiaux en troubles de la conduite l’alimentaire, a agi comme conseiller et signe la préface. Il est responsable de la clinique des troubles de conduite alimentaire au Centre hospitalier universitaire Sainte-Justine (Montréal)

 

 

Scénariste Émilie Villeneuve est journaliste depuis de nombreuses années. Elle est rédactrice en chef reportage, beauté et culture au Magazine Clin d’œil et a collaboré avec de nombreux magazines québécois.

Illustratrice Julie Rocheleau est illustratrice et cinéaste d’animation. Son film La Ballade des Enfarinés a été présenté dans de nombreux festivals. Avec La Fille invisible, elle fait ses premiers pas dans la bande dessinée.

Il est intéressant de mentionner que pour chaque album vendu, 1$ sera versé à la fondation CHU Sainte-Justine. 

Prix : 19.95 $ 

Nombre de pages : 48 pages 

(Glénat Québec).

http://hachette.qc.ca/ 

http://www.glenatbd.com 

www.fbdfq.com