« Rigoletto » en ouverture de la saison de l’opéra à Montréal

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Rigoletto © Yves Renaud
Rigoletto © Yves Renaud

Contrairement à ce que pourrait laisser supposer son titre, Rigoletto de Giuseppe Verdi n’est pas un opéra au thème léger, joyeux ou même comique. Bien au contraire. Le livret signé Francesco Maria Piave suit de très près la pièce de Victor Hugo intitulée Le roi s’amuse dans laquelle le fou du roi, s’il gagne sa maigre pitance en faisant rire le souverain et sa cour, généralement par la moquerie, voit non seulement cette moquerie se retourner contre lui mais le malheur le frapper dans ce qui lui est le plus cher.

La pièce de Victor Hugo fut censurée pendant 50 ans avant de pouvoir être représentée. On n’appréciait pas que le roi François Ier soit montré comme un pur libertin, sorte de Don Juan qui pouvait agir à sa guise auprès des femmes y compris les jeunes filles, en échappant à toutes les représailles des maris ou des pères protecteurs. Verdi transposa la situation de la pièce à la cour du duc de Mantoue et modifia quelques noms, rien de plus, pour ce qui est de l’essentiel de l’intrigue. Objet de la censure autrichienne avant que l’Italie soit unifiée en 1861 (soit dix ans après la création de l’opéra), Rigoletto est devenu l’une des œuvres maîtresses de Verdi, avec ses nombreux thèmes et mélodies désormais très populaires, et qu’on ne peut s’empêcher de fredonner en sortant du spectacle; La donne è mobile (les femmes sont changeantes) au titre ironique en regard de l’intrigue, étant probablement le plus connu.

En prélude à l’opéra, une musique grave et inquiétante se fait entendre avant le lever du rideau. Puis Rigoletto apparaît seul sur scène, bossu et contrefait, dans son habit coloré de bouffon, sa marotte à la main. Le rideau se lève alors sur un décor superbe, la riche cour du duc de Mantoue avec des tentures rouges immenses, un mur couvert de fresques comme on en voit dans les palazzo italiens et la statue de quelque dieu antique enlevant une jeune nymphe.

Rigoletto © Yves Renaud
Rigoletto © Yves Renaud

Une foule joyeuse et insouciante comprenant le duc et sa cour est présente. Tous sont revêtus de beaux costumes renaissance. Rigoletto, qui n’attire pas la sympathie, ni de la cour ni des spectateurs, s’amuse des frasques du duc à l’égard de l’épouse de l’un ou de la fille de l’autre. Verdi livre une musique très variée avec des solos, des duos… ou des chœurs magnifiques. Mais voilà que l’une des victimes du souverain, le comte de Monterone n’a nullement apprécié que le duc ait séduit sa fille et, non seulement, il dénonce les mœurs dissolues de l’homme de pouvoir mais il maudit son bouffon qui venait de tourner l’affaire en dérision.

La maldedizione, la malédiction de Monterone à l’encontre de Rigoletto est bien le thème de l’œuvre et ce qui va hanter le héros jusqu’à que le destin le frappe. La fille de Monterone vient d’être déshonorée, le châtiment sera pire encore pour Rigoletto à travers sa propre fille.

Le baryton James Westman joue un Rigoletto attendrissant, qui gagne peu à peu la sympathie du public au fur et à mesure qu’il le découvre comme un homme sensible et fragile, dont le seul bien au monde est sa fille de 16 ans qu’il tente désespérément de protéger. Gilda interprétée par la soprano Myriam Leblanc est sans doute l’une des plus belles voix de l’œuvre. Elle joue son rôle de manière parfaite, où, ingénue et naïve, elle découvre l’amour et le croit forcément pur. La très belle voix du duc de Mantoue à travers le ténor René Barbera montre une personnalité frivole qui ne vit que pour son propre plaisir et sait abuser par son charme les naïves comme les jeunes femmes expérimentées. Maddalena (jouée par la mezzo-soprano Carolyn Sproule), même si elle ne succombe pas à ses charmes, l’apprécie suffisamment pour vouloir le sauver du coup que pourrait lui porter son frère Sparafucile (magnifique baryton-basse en la personne de Vartan Gabrielian), un homme qui a fait du meurtre son métier.

Les actions s’enchaînent à travers différents décors, celui de la cour du duc, une rue sordide où Rigoletto rencontre le tueur à gage qui va faire son propre malheur, la maison de Rigoletto où il tente de protéger sa fille en dépit d’une servante complaisante à l’égard du duc et la maison de Sparafucile où le drame atteindra son point d’orgue.

Rigoletto est une œuvre magnifique, une des plus belles que Verdi nous a léguée. En ouverture de sa saison, l’Opéra de Montréal en offre une très belle représentation, tant par ses chanteurs talentueux que par ses très beaux décors et ses costumes très soignés.

 

Rigoletto du 15 au 22 septembre 2018 à la salle Wilfried Pelletier à Montréal

Rigoletto Opéra de Giuseppe Verdi

Mise en scène Michael Cavanagh

Avec James Westman (Rigoletto), Myriam Leblanc (Gilda), René Barbera (Le Duc), Vartan Gabrielian (Sparafucile), Carolyn Sproule (Maddalena), Max Van Wyck (Marullo), Sebastian Haboczki (serviteur), Scott Brooks (Monterone), Rose Naggar-Tremblay (Giovanna), Rocco Rupolo (Borsa), Elizabeth Polese (Comtesse Ceprano), Brenden Friesen (Comte Ceprano), Andrea Nubez (page),

Scénographie Robert Dahlstrom

Décors Seattle Opera Scenic Studios

Orchestre Métropolitain

Chef d’orchestre Carlo Montanaro

Chœur de l’Opéra de Montréal

https://www.operademontreal.com/programmation/rigoletto