« Sous la nuit solitaire », au Théâtre de Quat’Sous à Montréal

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Sous la nuit solitaire © Romain Fabre
Sous la nuit solitaire © Romain Fabre

À quoi ressemble l’enfer chrétien ? Pas du point de vue des supplices subis par les âmes pécheresses – ceux-ci, l’iconographie et la littérature, dont La Divine Comédie de Dante, en ont fourni maintes et maintes descriptions – mais du point de vue des sentiments vécus par les humains condamnés à y demeurer pour l’éternité. Que ressentent-ils? Comment réagissent-ils? Quels sont leurs moyens de se défendre et de se préserver?

Ces questions sont quelque peu absurdes, évidemment. En outre, elles ne devraient intéresser que ceux qui croient à cette condamnation possible après la mort. Mais c’est quand même, il me semble, le point de vue qu’ont pris Estelle Clareton et Olivier Kemeid, maîtres d’œuvre de cette pièce dansée qu’est Sous la nuit solitaire.

La référence à La Divine Comédie de Dante est clairement affichée. Même si le poète italien du XIVe siècle ne s’est pas contenté de décrire l’enfer et qu’il fait entrer son œuvre dans tout un cheminement où, guidé par Virgile, il s’en va lui-même visiter non seulement l’enfer, mais aussi le purgatoire et le paradis à la recherche de sa voie que constitue Béatrice, Sous la nuit solitaire se limite à l’enfer et aux tourments qu’y éprouvent ses habitants. Cela donne une pièce où sept acteurs danseurs, expriment par une gestuelle tragique les tourments qu’ils subissent tandis que leur fragilité et leur vulnérabilité ne leur autorise aucun espoir de salut.

Dans un beau décor sobre, fait de grands panneaux découpés qui entourent la scène et la font ressembler à un désert froid, avec des éclairages monochromes qui passent par toute la palette de couleurs, sur une musique sérielle obsédante et d’un niveau sonore élevé, les sept artistes jouent par leur seule gestuelle différentes situations dans lesquelles ils témoignent de leur fragilité, y compris quand dans des tentatives désespérées ils s’adonnent à la violence. En fond de scène, des citations projetées par vidéo, issues du texte de Dante traduit en français, font écho à la gestuelle des acteurs qui – sauf quelques cris, et encore – ne prononcent aucun mot.

Sous la nuit solitaire © Antoine Quirion Couture
Sous la nuit solitaire © Antoine Quirion Couture

L’ensemble produit quelques très beaux tableaux, parfois saisissants et qui mettent mal à l’aise, des duos où les partenaires incapables de s’adonner à l’amour semblent se dévorer maladroitement, des moments où comme poussés par un vent irrésistible, les corps basculent et rebondissent de manière absurde et inexorable, d’autres encore où le visage enfermé dans un sac, les corps aveugles se tapent la tête contre le mur.

Sous la nuit solitaire, du 15 novembre au 2 décembre 2017 au Théâtre de Quat’Sous à Montréal

Une coproduction de Trois Tristes Tigres et de Créations Estelle Clareton en codiffusion avec le Théâtre de Quat’Sous

Mise en scène Estelle Clareton et Olivier Kemeid
Chorégraphie Estelle Clareton
Avec Larissa Corriveau, Renaud Lacelle-Bourdon, Esther Rousseau-Morin, Nicolas Patry, Ève Pressault, Éric Robidoux et Mark Eden-Towle
Assistance à la mise en scène et aux chorégraphies Annie Gagnon
Décor et costumes Romain Fabre
Lumière Marc Parent
Musique Eric Forget
Direction de production et régie Catherine Comeau

Informations : http://www.quatsous.com/theatre-saison1718/spectacles/sous-la-nuit-solitaire