Entrevue avec Denys Arcand pour le film La chute de l’empire américain

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Conférence de presse pour le film La chute de l’empire américain

Le 19 juin dernier, les médias étaient invités au visionnement du film La Chute de l’empire américain, ainsi qu’à une conférence de presse et des tables rondes avec les divers acteurs et actrices du film, ainsi que le scénariste réalisateur Denys Arcand.

Mon article sur mon appréciation du film sera disponible ici : http://info-culture.biz/2018/06/28/chute-de-lempire-americain-denys-arcand-polar-enlevant-satire-drole-touchante/

Galerie de photos de la journée d’entrevues : https://www.flickr.com/photos/133521308@N05/sets/72157670366697208

Voici la première partie de ce que j’ai retenu des propos lors de la conférence de presse et mes entrevues avec les divers artisans du film. Cet article contient seulement les propos du scénariste-réalisateur Denys Arcand. Mon second article sur les propos des acteurs et actrices du film est disponible ici : http://info-culture.biz/2018/06/22/entrevue-artisans-film-chute-de-lempire-americain/

Denys Arcand

Denys Arcand : En conférence de presse, Denys Arcand a raconté une anecdote de tournage qui a été déterminante dans le résultat final du film. « Il était très tôt le matin, sur la rue Bleury. On allait tourner le lever du soleil et on a vu soudainement des Inuits couchés par terre qui dormaient. On a donc décidé sur le champ de tourner bien candidement,  en style documentaire, la rue qui se réveille et c’est là qu’on a vu la jeune fille qui s’apprête à ouvrir son resto et qui demande gentiment à ces gens de bien vouloir se lever et quitter. Après avoir tourné cela, on est allé voir ces personnes pour savoir si on pouvait faire leur portrait et utiliser cette séquence dans le film. On allait les rémunérer comme des comédiens. Ils ont dit oui et ce sont leurs visages que l’on voit à la toute fin du film. On a tenu à intégrer tout cela dans le montage du film. On voulait parler d’itinérance et des gens dans la rue et ceci nous a permis de le faire en étant encore plus proches de la réalité et en toute humanité.»  

Également durant la conférence de presse, il a parlé du rôle joué par Florence Longpré. Denys est un très grand fan de la comédie Like moi. Il l’enregistre toutes les semaines. « J’ai remarqué Florence qui jouait toujours très tragique, mais c’était très drôle. Donc, elle est une des seules jeunes comédiennes à ne pas avoir passé d’audition pour son rôle. Je savais qu’elle serait excellente pour jouer ce rôle plus dramatique. C’est la même chose avec Eddy King. Il est bon en humour et il a été impeccable dans son audition. Les humoristes, les gens qui jouent drôle, comme c’est la chose la plus difficile au monde à faire, ils sont capables de jouer tragique, n’importe quand. Les tragiques, c’est moins évident qu’ils puissent être bons en humour. Voyez par exemple Al Pacino… » 

Denys Arcand continue en parlant des acteurs de renoms qui jouent de petits rôles dans son film. « C’est sûrement parce que ça fait longtemps que je fais des films, que j’ai beaucoup d’amis dans le métier que je peux appeler Claude Legault pour venir faire un petit rôle, un après-midi. Je sais que ça va être bon, car il est bon. Et il le fait par amitié pour moi. C’est la même chose pour plein d’autres acteurs, dont Paul Doucet qui a joué un succulent personnage de quelques minutes dans le film.»  

Et pourquoi ce titre? Et ce retour aux films policiers? « Ce titre,  au départ, était le triomphe de l’argent, mais on voit assez vite que c’est aussi le triomphe de la compassion, de la charité, de l’amour, donc La chute de l’empire américain s’est imposé comme titre. Cette chute c’est cette époque dans laquelle nous vivons. Tous le vivent, autant les fermiers que les exportateurs de bois, etc. Pour ce qui est de retourner à mes amours, les films à hold-up, je dois dire que c’est un plaisir viscéral et enfantin que de tirer de la mitraillette, de se battre, d’avoir des poursuites, de l’action. Mais ça coûte cher à faire avec le cinéma québécois, alors on en fait peu.» 

Lors de la conférence de presse

À propos de son style de réalisation, Denys Arcand s’est comparé à un coach de sport. «Un réalisateur, c’est comme un coach qui s’adapte à ses joueurs. Les mauvais coachs essaient de mouler les gens dans un même contenant. Moi, j’essaie de voir à qui je m’adresse tout le temps et de travailler avec les diverses personnalités. Des gens comme Louis et Alexandre, on peut les bousculer un peu et ils vont survivre. MariePier, elle ne peut pas. Elle arrive en tremblant comme une feuille. Je dois la rassurer. Je change donc d’attitude de l’un à l’autre, selon ce qui est requis. Un bon coach est celui qui doit faire avec et modeler son attitude en fonction des individualités de chacun.» 

Lorsque je l’ai rencontré lors des tables rondes, voici les questions que je lui ai posées : Comment est-ce que votre scénario et votre film a-t-il évolué au fil du tournage et des imprévus rencontrés? «Le premier montage du film faisait 2 h 40. Mais au final, on en a retranché 40 minutes. La raison est simple, pour avoir un film de 2 h 40, il faut beaucoup d’action pour soutenir l’attention du public. Et je crois que 2 h c’était suffisant pour mon film. J’ai enlevé des petites choses accessoires, qui étaient moins dans l’histoire. Par exemple, lorsqu’ils sont au musée des Beaux-arts et qu’ils font le plan avec Rémy, Pierre, Alexandre et MariePier, il y avait une dame un peu folle qui arrivait d’une exposition dans une autre salle et elle pense que Rémy est un artiste conceptuel qui tient une exposition. Et elle prend Pierre Curzi pour un collectionneur et tente de l’inciter à acheter une œuvre de Rémy. C’est un quiproquo drôle et complet, et très bien joué par l’actrice Violette Chauveau. Mais c’était trop long et on perdait le fil de l’action principale.  Aussi, le fait qu’on ait filmé des Inuits itinérants, cela a pris une telle puissance sur l’image qu’il fallait qu’on l’inclut dans le film et cela n’était pas prévu du tout. Le reste du scénario a été filmé tel quel, comme je l’avais pensé au départ.»

Que voulez-vous que les gens retiennent de ce film? ou qu’est-ce que vous voulez faire vivre aux spectateurs? « Ce que j’essaie de faire, c’est seulement de faire un bon film. Un film où les gens s’assoient au cinéma ou dans leur salon, et là je leur raconte une histoire. Cette histoire, je voudrais qu’elle soit intéressante, passionnante, que vous ayez envie de la suivre jusqu’à la fin. Et elle n’a pas qu’une seule signification. Il n’y a pas de morale précise. C’est une histoire pour vous faire réfléchir. La prochaine fois que vous allez voir un itinérant, peut-être allez-vous penser au personnage de Vincent Leclerc, et ce qu’il a dit “La peur de ne pas avoir de place pour dormir le soir…». La prochaine fois que vous passerez devant un haut building avec des bureaux en verre, vous allez penser au personnage de Pierre Curzi qui envoie de l’argent dans une banque obscure. C’est donc, une réflexion sur la vie qu’on vit ici à Montréal à cette époque-ci. À travers ça, je raconte un hold-up,  je raconte une histoire d’amour, mais aussi une histoire d’un type de prostitué qu’on ne voit jamais, dans les médias. On voit toujours ces filles pauvres, qui se piquent et se font battre par leur pimp. Mais il y a aussi 250 filles chics, de luxe, riches, qui ont choisi ce métier et dont on n’entend jamais parler, car elles ne veulent pas qu’on parle d’elles… C’est aussi l’histoire d’un policier malheureux qui voulait être mathématiciens, mais il a dû prendre la technique policière. C’est un peu tout ça. »

Avec Rémi Girard et Pierre Curzi, les 2 acteurs qui ont joués le plus dans les films de Denys Arcand

Il y a de la très belle musique classique dans le film. Pouvez-vous me parler de votre intention avec la musique? «Initialement, j’écoutais de la musique à la radio, que j’ai adorée. C’était une symphonie inconnue de Michael Haydn, aussi inconnu, le frère de Joseph Haydn. Cette mélodie était fantastique. J’ai donc fait appel à Mathieu Lussier pour qu’il m’écrive quelque chose de semblable. Aussi, à l’opposé, pour faire le hold-up, et les batailles, je voulais de la musique créée par ordinateur. On n’en a jamais fait en cinéma québécois. Il y a Hans Zimmermann qui l’a fait dans le film de Denis Villeneuve. Donc, là, il y a Louis Dufort qui est un prof de ce type de musique au conservatoire. Il fait des ballets de Marie Chouinard. J’avais entendu sa musique de ballet et même s’il était très craintif (car les gens en cinéma sont souvent exigeants et très critiques), il a accepté de venir faire la musique pour mon film. Et au final, je dois dire que je suis entièrement satisfait de ce qu’ils ont fait. » 

On a remarqué dans le film que chaque fois qu’une personne déposait de la monnaie dans un gobelet d’itinérant, le bruit de la monnaie qui tombait dans le verre était plus fort que normalement, comme pour mettre l’emphase sur cette monnaie. C’était voulu? « Oui, C’est la conceptrice de son, Marie-Claude Gagné, qui conçoit tout l’environnement sonore du film. Elle a donc voulu ajouter de l’écho à l’argent qui tombe, et le mixeur aussi a mis sa touche. Donc, c’était voulu. Tout comme c’était voulu qu’il y ait parfois une note de piano tout seul pour accentuer un moment. Par exemple au début du film, à la fin du hold-up, la musique très forte diminue et juste comme le personnage joué par Alexandre se tourne pour regarder la poche d’argent, la musique s’arrête avec la petite note de piano. Presque comme le son de l’argent dans un verre. Et on a le même phénomène à un autre endroit aussi. »

La chute de l’empire américain prendra l’affiche partout au Québec le 28 juin.

Distribué par Les Films Séville, une filiale d’Entertainment One, produit par Cinémaginaire et représenté à l’international par Seville International, LA CHUTE DE L’EMPIRE AMÉRICAINprendra l’affiche partout au Québec dès le jeudi 28 juin prochain.

Visitez lachutedelempireamericain.com

Distribution

Pierre-Paul Daoust Alexandre Landry

Aspasie/Camille Lafontaine Maripier Morin

Sylvain «the brain» Bigras Rémy Girard

Pete LaBauve Louis Morissette

Carla McDuff Maxim Roy

Me Wilbrod Taschereau Pierre Curzi

Jean-Claude Vincent Leclerc

Jacmel Rosalbert Patrick Émmanuel Abellard

Linda Florence Longpré

Vladimir François Eddy King

Nicole Geneviève Schmidt

Dr Pierre-Yves Maranda Paul Doucet

Gilles Sainte-Marie Denis Bouchard

Jimmy Yan England

Steph David Savard

Natasha Rose-Marie Perreault

Sean McDowell Alain Goulem

Gemma Catherine Paquin-Béchard

Mère Jacmel Rosalbert Ayana O’Shun

Réceptionniste Me Taschereau Dominique Bertrand

Lectrice de nouvelles Sophie Thibault

Médecin résidente Juliette Gosselin

Damien Mathieu Lorain Dignard

et la participation amicale de

Informateur Claude Legault

Enquêteur Plamondon Éric Bruneau

Professeur de gestion James Hyndman

Joseph Benoit Brière

Marcel Gaston Lepage

Martin Ouellette Laurent Paquin

Chef de chorale François Dompierre

Fiche technique

Réalisateur et scénariste Denys Arcand

Producteur Denise Robert

Directeur photo Van Royko, C.S.C.

Directeur artistique Patrice Bengle

Chef décoratrice Michèle Forest

Monteur Arthur Tarnowski, ACE

Musique originale Mathieu Lussier, Louis Dufort

Création sonore Marie-Claude Gagné

Son Martin Desmarais, Louis Gignac

Costumes Sophie Lefebvre

Chef éclairagiste Daniel Dallaire

Chef machiniste Guillaume Canniccioni

Superviseur des effets visuels Jean-François Ferland

1e assistante à la réalisation Anne Sirois

Casting Lucie Robitaille

Casting figuration Carole Dionne

Coiffure Chantal Bergeron

Maquillage Jeanne Lafond

Producteurs associés Victor Loewy,Dominique Besnehard, Patrick Roy, Martin Desroches

Producteur délégué Christian Ménard

Directeur de postproduction Georges Jardon

Administratrice de production Anik Fournier

Durée: 129 minutes

Crédit photos : Réjeanne Bouchard