Huis Clos

Le 14 mars 2010

 

 

« 

En écrivant Huis Clos, Jean-Paul Sartre n’avait rien laissé au hasard. Et 30 ans après sa mort, le philosophe français était présent au TNM pour jeter un coup d’œil à sa propre pièce de théâtre. Virtuellement présent du moins, puisqu’une petite télévision le mettait en évidence avant la pièce et à quelques reprises pendant celle-ci.

Lorraine Pintal, la directrice artistique, explique qu’il lui «fallait présenter Jean-Paul Sartre sur scène et lui donner l’occasion d’expliquer le sens de : “L’enfer, c’est les autres.”» Nous sommes donc en enfer, et la directrice artistique ne sentait naturellement pas la nécessité d’user de couleurs. L’atmosphère du théâtre est sombre, «sans soufre, ni bûcher, ni gril». Un enfer qu’on n’aurait pu imaginer soi-même. Le décor est minimaliste dans ce monde philosophiquement complexe.

Alors où sont Inès, Estelle, Garcin et le garçon? Une musique mystique nous plonge dans leur enfer qui fait penser à une ville abandonnée, loin de tout. En fait, ils sont plutôt, tout simplement… «absents». Un à la suite de l’autre, Garcin (Patrice Robitaille), Inès (Pascale Bussières) et Estelle (Julie Le Breton) se font montrer leur nouvelle demeure par  le garçon (Sébastien Dodge). En entrant dans cette pièce carrée avec un plafond inexistant par de grandes portes par lesquelles ils ne peuvent sortir, les trois nouveaux résidents  auront la chance d’en sortir, mais ils s’abstiendront finalement. Dans une atmosphère généralement sombre, les acteurs qui jouent par ailleurs très bien leur rôle, arrivent tout de même à nous faire sourire à quelques reprises.



Mais pour quelle raison sont-ils réunis, eux qui viennent de continents et d’horizons différents?  Que feront-ils sans miroir et avec comme seul reflet la perception de l’autre? Qui d’entre eux sera le bourreau des deux autres?  Voici quelques-unes des questions auxquelles Jean-Paul Sartre a réfléchi et qui ont donné Huis Clos juste après la Deuxième Guerre mondiale. Plus d’un demi-siècle après la création de la pièce, Lorraine Pintal, qui est aussi la metteure en scène du spectacle, n’a presque aucunement modifié le texte original de Sartre. Par contre, on y voit sa touche personnelle avec la modification de la fin de l’histoire. On peut aussi se demander à quelques reprises si les allusions sexuelles de Sartre n’ont pas été trop amplifiées par Pintal.

Malgré tout, personne ne sera choqué et seul l’esprit sortira du TNM fortifié, comme Jean-Paul Sartre réussit toujours à faire.

 

 

Auteur : Jean-Paul Sartre
Mise en scène : Lorraine Pintal

Distribution:
Pascale Bussières (Inès)
Sébastien Dodge (Garçon)
Julie Le Breton (Estelle)
Patrice Robitaille (Garcin)

http://www.tnm.qc.ca/saison-2009-2010/Huis-clos/Huis-clos.html


Crédit photos : Yves Renaud

 

 


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